Symbole de la fonte des glaciers, la dernière piste du genre fermée au sommet de l'Allemagne
Le changement climatique rend leur disparition en Allemagne inéluctable, selon les scientifiques: la fonte des glaciers se traduit vendredi par la fermeture définitive de la dernière piste de ski du pays sur un tel terrain, dans les Alpes bavaroises.
Proclamée par les Nations unies pour sensibiliser le monde à l'urgence de leur préservation, la Journée mondiale des glaciers, samedi, trouve une triste coïncidence avec le démantèlement du téléski du Schneeferner, dans le massif des Wetterstein, à la frontière entre Allemagne et Autriche.
Avec 2.874 m d'altitude, ce sommet voisine la Zugspitze, point culminant de l'Allemagne (2.962 m) est connu pour son téléphérique qui franchit le plus grand dénivelé au monde.
La Zugspitze donne aussi son nom au domaine skiable du massif où vendredi, les câbles du téléski ont commencé à être sectionnés à l'explosif.
Les pylônes, qui "sont posés de façon mobile sur la glace", vont alors "tomber au sol", explique à l'AFP Laura Schaper, porte-parole de l'exploitant du domaine Bayerische Zugspitzbahn Bergbahn qui pilote les travaux.
Mais avec la fonte du glacier, "il devenait de plus en plus difficile de garantir la stabilité des pylônes", souligne Christophe Mayer, glaciologue à l'Académie bavaroise des sciences.
La piste était, elle, déjà fermée depuis plusieurs saison, car le recul du glacier a rendu la pente de plus en plus raide.
En 2022, l'Académie avait annoncé retirer de sa liste des glaciers cette partie sud du Schneeferner, après un été particulièrement chaud.
Il ne restait alors "qu'un tout petit morceau de glace. Entre‑temps, il a complètement fondu", détaille M. Mayer.
Restent donc encore quatre sites remplissant les critères de glaciers en Bavière: la partie nord du Schneeferne et le Höllentalferner, sur le même massif, et les glaciers de Watzmann (2.713 m) et de Blaueis (2.607 m), sur le massif de Berchtesgarden.
Mais "ils ont perdu un quart de leur surface au cours des deux dernières années", et les deux derniers cités "vont très bientôt disparaître, cette année ou l'année prochaine probablement", affirme son collègue Wilfried Hagg.
Quant aux deux derniers glaciers de la Zugspitze, les deux glaciologues prédisent la disparition du Schneeferner nord "d'ici la fin de cette décennie" et celle du Höllentalferner "dans les années 2030", assure le glaciologue.
Ces glaciers bavarois "ne sont plus viables dans les conditions climatiques actuelles" car à leur altitude, "la fonte estivale est désormais bien supérieure à l'apport de neige hivernale qui pourrait la compenser", explique M. Mayer.
- "Condamnés à 100%" -
L'observatoire climatique de l'UE Copernicus affirme que les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle mondiale, sous l’effet de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement de la planète.
Concernant les glaciers, environ 41% de la perte totale a eu lieu durant la décennie entre 2015 et 2024, selon Earth System Science Data qui constate les plus grosses pertes notamment en Alaska, à l'ouest de l'Amérique du nord et en Europe centrale.
"Même dans les scénarios climatiques les plus optimistes" avec une hausse contenue des températures, "ou même si nous pouvions arrêter immédiatement le réchauffement", les glaciers allemands "sont condamnés à cent pour cent", assure Wilfried Haag, pour qui le changement climatique est "absolument" responsable de cette situation.
Si la nature "s'en accomode", seuls des "micro-organismes" étant affectés, il souligne un autre impact: la dangerosité pour les activités de montagne, avec "de plus en plus d'éboulements rocheux", les parois n'étant plus soutenues par la glace.
M.F.Schmitz--JdB