Le Conseil des juifs d'Allemagne appelle la gauche radicale à Berlin à bannir l'antisémitisme de ses rangs
Le chef de la communauté juive d'Allemagne a appelé, dans un entretien à l'AFP, la gauche radicale à bannir l'antisémitisme de ses rangs, le parti Die Linke, victorieux de municipales à Berlin, ambitionnant de gouverner la capitale allemande.
La section berlinoise de Die Linke se réunit vendredi en fin d'après-midi pour autoriser l'ouverture de négociations préliminaires avec les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, qui, en cas de succès, doivent conduire leur cheffe, Elif Eralp, au fauteuil de maire.
Depuis sa victoire électorale du 20 septembre, Mme Eralp doit défendre son parti face à de multiples accusations d'antisémitisme et répète vouloir tout faire pour la sécurité des juifs de Berlin, comme des autres communautés.
"J'ai entendu ses déclarations. Mais le problème, selon moi, c'est que son point de vue n'est manifestement pas partagé, du moins à Berlin, par tous les membres du parti qu'elle représente, et je crains même qu'il ne soit pas partagé par une large majorité", a accusé Josef Schuster, président du Conseil central des juifs d'Allemagne.
Il pointe le cas du député berlinois Ferat Koçak comptant, selon lui, dans son entourage Ibrahim Ibrahim, porte-parole du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), organisation classée terroriste par l'Union européenne (UE), et "qui continue d'être toléré au sein du parti".
M. Koçak, élu de de Neukölln, quartier berlinois à forte population arabe, et où la section locale de Die Linke est régulièrement accusée de dérapages antisémites, s'est mis provisoirement en retrait de sa fonction, son parti voulant établir les faits en toute "transparence". Mais il n'a pas été mis à pied ou exclu.
- Exclusion immédiate -
Il a dû également reconnaître des contacts avec le clan Remmo, bande criminelle originaire du Moyen-Orient, bien implantée dans ce quartier et notamment connue pour le casse des joyaux de la "Voûte verte" dans un musée de Dresde fin 2019.
"Je me serais attendu à son exclusion immédiate du groupe parlementaire. Cela aurait envoyé un signal clair. Or, manifestement, ce choix n'a pas été fait", regrette M. Schuster.
Die Linke rejette d'une manière générale les accusations d'antisémitisme, et défend ses positions propalestiniennes et ses critiques visant Israël, la guerre à Gaza et la colonisation des territoires occupés.
"Et ce qui m'effraie le plus, c'est qu'il semble impossible de faire en sorte que cette section locale de Neukölln renonce à des positions clairement antisémites. Je n'ai entendu nulle part qu'elle s'en distançait", a souligné M. Schuster.
Questionné sur une éventuelle mise sous surveillance de la section régionale berlinoise de Die Linke par les renseignements intérieurs allemands, comme le propose la CDU, parti conservateur du chancelier Friedrich Merz, M. Schuster a estimé que la mesure pouvait être appropriée.
"Je considère juste et important d'envisager une mise sous surveillance, lorsque des opinions extrémistes sont exprimées au sein de partis politiques", a-t-il dit.
- Coalition de gauche ? -
Il dit aussi "espèrer" que les Verts et les sociaux-démocrates, potentiels partenaires de coalition de Die Linke à Berlin, ne feront aucun compromis sur la question de l'antisémitisme.
Il sera intéressant "de voir comment les deux partis réagiront et ce qui ira au-delà des simples déclarations d'intention", a-t-il dit.
M. Schuster n'a pas commenté en revanche une lettre publiée jeudi dans le quotidien de gauche taz, où quelque 150 juifs berlinois, dont beaucoup d'artistes et d'intellectuels, contredisent l'idée que Die Linke serait dangereux pour les juifs.
Mme Eralp, pourrait devenir la première maire de gauche radicale d'une grande ville allemande, si elle parvient à s'entendre avec le SPD et les Verts.
Jusqu'ici, les sociaux-démocrates se sont montrés plutôt réticents, invoquant notamment l'antisémitisme dans les rangs de Die Linke à Berlin.
clp/alf/fpp
G.Lenaerts --JdB