Grèce : dans un centre d'hébergement fermé, des migrants "envisagent le suicide"
Dans un centre d'hébergement fermé, présenté par la Grèce comme un "projet pilote" pour l'Europe, des migrants dénoncent leurs piètres conditions d'accueil au point que certains affirment envisager le suicide.
La Grèce, qui tient une ligne dure en matière migratoire, est l'un des cinq pays de l'Union européenne, avec notamment l'Allemagne et le Danemark, à œuvrer pour la création de "hubs de retour", des centres où seraient renvoyés des migrants déboutés de leur demande d'asile, en dehors de l'UE.
Une réunion des ministres de l'Intérieur de 17 pays européens sur ce sujet doit se tenir samedi en Allemagne.
Dans le camp de Sintiki (nord), financé par l'Union européenne, la police se heurte, depuis novembre, à des migrants qui tentent de s'échapper après avoir passé plusieurs mois enfermés.
Dans une lettre ouverte, en date du 25 août et transmise à des médias gracs, certains des près de 400 migrants égyptiens et bangladais ont lancé un appel au secours.
"Nous sommes emprisonnés depuis plus de 12 mois (...) Les gens ici sont comme des bombes à retardement", écrivent-ils.
- "Écrasés" -
"Beaucoup d'entre nous envisagent le suicide", alertent-ils. "Nous sommes écrasés, physiquement, psychologiquement et moralement".
Ces personnes qui ont cherché l'asile dans l'Union européenne affirment recevoir à peine de quoi manger et devoir se partager quatre toilettes et trois robinets d'eau.
L'AFP n'a eu accès à aucun d'entre eux à Sintiki.
Pour les personnes en provenance du Bangladesh, mais aussi d'Égypte et du Pakistan, le taux d'acceptation des demandes d'asile est inférieur à 1%, selon des sources du ministère grec de la Migration et de l'Asile.
Depuis l'entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration en juin, les personnes ne présentant pas de profil de réfugiés sont retenues dans des centres fermés jusqu'au rejet probable de leur requête et leur renvoi.
Sous couvert d'anonymat, un responsable de la police et un gardien dénoncent les conditions d'accueil dans ce centre collé à la frontière avec la Bulgarie.
- "Bombardé" -
Le camp, ouvert en 2020 par les autorités grecques, est comme "bombardé" après des heurts entre policiers et migrants ces derniers mois, assure ainsi un haut responsable de la police à l’AFP.
Plus de 50 migrants ont été arrêtés.
"Que sont-ils censés faire ? Ils ont atteint un point de rupture", renchérit un gardien rencontré après son service.
"Trois des quatre secteurs de l'établissement ont été détruits" par les heurts, souligne quant à lui Yiannis Kounios, président du syndicat de police de la région de Serres.
Dans cette région, "en hiver, la température descend à -10 degrés Celsius et atteint 45 degrés en été", constate quant à lui le président de la communauté du village voisin de Promachonas, Spyros Leonidas.
La médecin et ancienne députée de gauche Afroditi Stambouli alerte quant à elle sur les maladies de peau et les infections dont souffrent ces migrants alors que, selon elle, les conseillers juridiques ne sont pas autorisés à pénétrer dans l’enceinte du centre.
"Les conditions d'hygiène sont lamentables", s'émeut-elle.
"La nourriture est distribuée une fois par jour et il n'y a pas de réfrigérateur pour la conserver, pas de machine à laver, pas de produits de nettoyage", précise-t-elle.
Le ministre de la Migration et de l'Asile, Thanos Plevris, un ancien élu d'extrême droite, assure au contraire que les conditions d'accueil y sont "excellentes".
"Ce sont les détenus qui détruisent tout" parce qu'ils ne veulent pas être enfermés, a-t-il récemment soutenu sur la chaîne publique ERT.
"Sintiki était un projet pilote que nous avons mis en œuvre dans le but de contribuer à la réduction des arrivées et à l'augmentation des retours", a-t-il également assuré sur la chaîne Open TV en août.
- Expulsion -
"Ce que nous leur disons, c'est que vous serez détenus jusqu'à votre expulsion. L'expulsion n'est pas facile, elle nécessite la coopération d'autres États", a-t-il aussi reconnu.
A Sintiki, les autorités locales réclament la fermeture du centre d'accueil.
"Est-ce que quelqu'un veut un centre pour migrants dans sa région ?" s'interroge le maire, Giorgos Tatsios.
"Quand il a ouvert, il y avait des riverains avec des fusils de chasse aux entrées des villages pour repousser les migrants", souligne-t-il.
Y.Callens--JdB