Réseaux sociaux : Meta transige encore et évite à Zuckerberg un retour devant un jury
Meta a de nouveau transigé avec une plaignante à Los Angeles, évitant à son patron Mark Zuckerberg de retourner devant un jury dans un procès sur l'addiction des jeunes aux réseaux sociaux, où Snapchat se retrouve désormais seul sur la sellette.
Le géant de la tech, maison mère d'Instagram, a conclu un accord confidentiel avec une jeune femme de 18 ans, K.D.B., ont annoncé vendredi les avocats de la jeune femme, une semaine après avoir transigé avec l'autre plaignante, S.J., 16 ans.
Mark Zuckerberg et Adam Mosseri, chef d'Instagram, attendus à la barre à la mi-novembre, n'auront donc plus à témoigner. Leurs prestations, lors du premier procès test en début d'année à Los Angeles, s'étaient révélées contre-productives face aux jurés.
Le groupe semble désormais privilégier la voie des résolutions à l'amiable: depuis sa condamnation en mars par ce premier jury, qui l'avait jugé, avec YouTube (Google), en partie responsable des troubles d'une jeune femme, il n'a plus laissé de citoyens se prononcer dans les procès sur la santé des jeunes.
En août, il avait conclu en pleine audience un accord de plus de 18 milliards de dollars avec la quasi-totalité des États américains, assorti de nouvelles limites pour les adolescents sur Instagram et Facebook.
"Procès, désistements et accords sont courants dans les procédures test, et ce contentieux ne fait pas exception", a réagi vendredi un porte-parole de Meta, assurant que le groupe continuerait "à (se) défendre devant la justice".
Dans l'entourage de l'entreprise, on défend une voie de résolution à l'amiable, dans l'intérêt des actionnaires, sans renoncer à se défendre ailleurs, y compris en appel dans plusieurs dossiers.
"Nous sommes heureux d'avoir mené cette affaire à une issue juste pour notre cliente", a déclaré vendredi l'avocate de K.D.B., Emily Jeffcott.
– Snap seul –
Snap, propriétaire de Snapchat, qui a jusqu'ici toujours transigé avant les audiences, affronterait ainsi seul, et pour la première fois, un jury dans ces dossiers. Les débats doivent s'ouvrir le 4 novembre, après la sélection des jurés en cours, et durer jusqu'à la mi-décembre.
Son patron, Evan Spiegel, reste attendu à la barre, à moins que l'entreprise ne transige à son tour.
Les deux plaignantes accusent l'application d'avoir été conçue pour les rendre dépendantes, au prix de dépressions, d'anxiété, de troubles alimentaires et d'automutilation. Leurs dossiers doivent servir de référence pour régler des milliers de plaintes regroupées devant la justice californienne, qui visent, selon les cas, TikTok, Meta, Snap, YouTube ou encore Roblox.
Snapchat "s'ouvre sur l'appareil photo, pas sur un fil", et ces accusations "déforment fondamentalement" l'expérience des plaignantes, a réagi mardi un porte-parole de Snap.
– Chacun sa stratégie –
Échaudé par sa condamnation de mars, YouTube transige lui aussi désormais, il a réglé à l'amiable avec S.J. et K.D.B. avant ce procès. TikTok a jusqu'ici systématiquement évité les jurés et a accepté de verser au moins 100 millions de dollars à l'Alabama, fin septembre, pour échapper à une première comparution publique.
L'accord de Meta avec les États pèse aussi sur ses concurrents : une partie du paiement est suspendue à l'adoption de restrictions comparables par TikTok, YouTube et Snap.
"Nous espérons que le reste de notre secteur nous rejoindra pour fixer cette nouvelle norme", a ajouté le porte-parole de Meta.
En Alabama, TikTok a d'ailleurs accepté une limite quotidienne de deux heures et un blocage nocturne pour les mineurs.
Alors que de nombreux pays cherchent à encadrer, voire à interdire (Australie, Indonésie), l'usage des réseaux sociaux par les adolescents, les poursuites américaines visent la conception jugée addictive des plateformes, comme les séries de messages de Snapchat, et non les contenus, dont la loi américaine exonère largement les plateformes.
Meta reste notamment visé par le prochain procès test au niveau fédéral, intenté par des districts scolaires et prévu en février 2027 à Oakland, près de San Francisco. Sauf accord à l'amiable d'ici là.
S.Vandenberghe--JdB