Journal De Bruxelles - "Nous perdons espoir": la détresse de marins indiens bloqués au large d'Istanbul

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"Nous perdons espoir": la détresse de marins indiens bloqués au large d'Istanbul
"Nous perdons espoir": la détresse de marins indiens bloqués au large d'Istanbul / Photo: Yasin AKGUL - AFP

"Nous perdons espoir": la détresse de marins indiens bloqués au large d'Istanbul

Quatre marins indiens bloqués depuis dix mois sur un cargo en mer de Marmara, au large d'Istanbul, ont raconté à l'AFP leur détresse, affirmant "perdre espoir" un peu plus chaque jour, un drame qui met en lumière le problème croissant des abandons de navires.

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Contraints de rester à bord du bateau en vertu du droit maritime, qui exige que tout navire possède un équipage suffisant pour faire face à une éventuelle urgence, les marins disent "manquer de mots" pour décrire leur calvaire.

"Chaque jour qui passe, nous perdons espoir et voyons notre santé physique et psychologique empirer", a affirmé l'un d'eux à l'AFP par l'intermédiaire d'un tiers ayant demandé à ne pas être identifié.

Bloqués en mer de Marmara depuis août, les membres d'équipage du Azra C, qui ne perçoivent plus de salaires depuis plusieurs mois, disent être à court de "solutions".

D'autant que les propriétaires présumés du navire, un cargo battant pavillon mongolien, ont été arrêtés en janvier dans le cadre d'une enquête sur un réseau international de trafic de drogues, plongeant le Azra C et son équipage dans l'incertitude.

Le représentant en Turquie de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), Selahattin Polat, a exigé le débarquement "au plus tôt" de l'équipage, en soulignant que "le navire se trouve sur une route de navigation (...), ce qui représente un grave danger pour la sécurité maritime".

- Coke en stock -

"Mais l'armateur est en détention et il est impossible de communiquer avec lui", explique M. Polat, pour qui cette affaire met en lumière le problème croissant des abandons de navires.

Pour aggraver la situation, des agents maritimes locaux ont cessé d'approvisionner l'équipage, faute d'être payés.

"Le navire est complètement abandonné et il y a une pénurie de carburant et de vivres à bord", affirme à l'AFP M. Polat, également porte-parole de l'Association turque de solidarité des ouvriers maritimes (DAD-DER).

Le Azra C avait jeté l'ancre en août au large d'Istanbul pour des réparations et le temps que ses présumés propriétaires règlent des formalités avec les autorités maritimes locales, a indiqué à l'AFP une source au sein du secteur.

Mais les deux armateurs disparaissent, avant de réapparaître mi-janvier dans une liste de douze personnes arrêtées par la police turque pour des soupçons de trafic de drogues et blanchiment d'argent, selon l'agence de presse Anadolu.

La justice turque a lié ces interpellations à la saisie une semaine auparavant par la police espagnole de 10 tonnes de cocaïne à bord du navire United S au large des îles Canaries.

Selon le quotidien turc Hürriyet, le Azra C devait initialement transporter la cargaison, mais le projet avait été abandonné après une panne.

- Vague d'abandons -

Selon les chiffres de l'ITF, 2025 a été la pire année jamais enregistrée en termes d'abandons de navires, avec 6.223 marins -- dont plus de 1.000 Indiens -- bloqués sur 410 navires.

La Turquie a été le pays ayant enregistré le plus grand nombre d'abandons, avec 61 cas l'an passé. 15 navires battant pavillon étranger sont actuellement considérés comme abandonnés en mer de Marmara, selon l'ITF.

Selon l'ITF, les autorités portuaires d'Istanbul affirment surveiller de près la situation, ainsi que le consulat indien d'Istanbul, qui dit chercher à rapatrier les marins.

L'ITF et l'Association turque de solidarité des ouvriers maritimes indiquent avoir fourni de l'eau potable et des produits de premières nécessités aux marins bloqués.

Selon M. Polat, deux options subsistent: confier le navire à un administrateur judiciaire ou remplacer son équipage, des procédures qui "prennent du temps".

Bien que reconnaissant de l'aide apportée par l'ITF et le consulat indien, l'un des marins a déclaré à l'AFP qu'il avait "peu d'espoir que quelqu'un vienne nous secourir".

"Si quelqu'un venait à ma rencontre (...), je suis sûr que je me mettrais à pleurer", a-t-il confié.

D.Verheyen--JdB