L'avenir de la verrerie Duralex menacé par une trésorerie "tendue"
Une marque emblématique française en danger? Un audit demandé par l'Etat est en cours chez Duralex, verrerie reprise en coopérative par ses salariés après des années de difficultés financières, a-t-on appris vendredi auprès de Bercy.
La trésorerie de l'entreprise est de nouveau "tendue" et "des discussions sont engagées avec l'ensemble des parties prenantes", a indiqué le ministère de l'Economie, confirmant une information de France Inter. Ces discussions doivent "permettre de voir quelles sont les mesures nécessaires pour préserver" l'activité de l'entreprise, qui emploie 243 salariés, a souligné Bercy.
"La mission interministérielle aux restructurations des entreprises suit l'affaire avec beaucoup d'attention, à tel point qu'un redressement judiciaire n'est pas à exclure", a affirmé France Inter, se référant à une source "en haut lieu".
Selon une source proche du dossier contactée par l'AFP, il est "trop tôt" pour se prononcer sur un éventuel risque de redressement judiciaire.
"Il ne semble pas qu'il y ait eu des malversations mais plutôt une gestion hasardeuse", a par ailleurs expliqué cette source.
"Si l'audit en cours apparaît nécessaire pour la santé de Duralex, un redressement serait très préoccupant", a réagi auprès de l'AFP le président de la région Centre-Val de Loire François Bonneau.
C'est "préoccupant pour l'outil industriel et pour l'engagement porté par les collectivités (Région et Métropole), les salariés et le grand public qui a soutenu avec engouement le projet Duralex", a-t-il ajouté.
L'entreprise, célèbre pour sa vaisselle réputée incassable, avait officialisé mi-avril le départ de son directeur général François Marciano, figure emblématique de la reprise de cette marque en société coopérative et participative (Scop).
Il avait été remplacé par Peggy Sadier, qui occupait jusque là les fonctions de directrice marketing et commerciale.
Depuis, de nombreuses incertitudes entourent la situation de Duralex, qui avait failli disparaître après un énième redressement judiciaire en avril 2024.
Contactée vendredi par l'AFP, Mme Sadier n'a pu être jointe dans l'immédiat.
Selon La Lettre Valloire, un média économique régional, M. Marciano "aurait été brutalement écarté de la direction, tout comme son fils" Antoine Marciano "qu'il avait propulsé au poste de directeur financier".
- "Choix financiers hasardeux" -
En cause, "des choix financiers jugés hasardeux, voire dangereux, qui auraient replongé la société dans une impasse", d'après ce média. Cette analyse est partagée par une source proche du dossier qui s'est confiée à l'AFP.
Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, Duralex avait été durement touchée par la flambée des prix de l'énergie, dont elle est dépendante.
Cette fois, les prix du gaz et de l'électricité ne sont pas en cause, car les contrats d'énergie avaient été "bloqués pour 2026 et 2027", selon M. Marciano, interrogé en mars sur le sujet.
L'automne dernier, la marque avait reçu en quelques heures plus de 20 millions d'euros de promesses d'investissements dans le cadre d'une levée de fonds, destinée à assurer la poursuite de son redressement.
François Marciano annonçait que le chiffre d'affaires de Duralex devait atteindre cette année ou en 2027 la barre des 35 millions d'euros pour retrouver l'équilibre financier, avant d'espérer viser 39 millions d'euros en 2030.
Ces objectifs seront difficiles à atteindre, avaient estimé plusieurs sources proches du dossier à l'AFP.
Peggy Sadier n'avait pas souhaité commenter ces chiffres au moment de sa prise de fonction. Elle avait alors assuré que les bilans comptables et "la certification des comptes" de Duralex étaient en cours.
Environ 60% des 243 salariés de l'unique usine de l'entreprise, à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d'Orléans, ont investi dans la coopérative.
Le projet de Scop, validé par le tribunal de commerce d'Orléans en juillet 2024 a été soutenu, y compris financièrement, par la Région Centre-Val de Loire et la métropole d'Orléans.
W.Lievens--JdB