De retour sur la Terre ferme, l'astronaute Sophie Adenot passe par "toutes les émotions"
L'astronaute française Sophie Adenot a confié samedi à Cologne, en Allemagne, être passée par "toutes les émotions humaines" pendant ses huit mois dans l'espace, une expérience aussi éprouvante physiquement depuis son retour sur Terre, a-t-elle dit lors de sa première apparition publique.
Visiblement affaiblie après son voyage de retour, la Française de 44 ans est apparue soutenue par deux chirurgiens de l'Agence spatiale européenne (ESA) à la descente de son avion au centre européen des astronautes (ESA).
Un fauteuil roulant avait été prévu, mais elle a préféré parcourir les derniers mètres jusqu'au pupitre à pied, sous les applaudissements de dizaines de collègues et proches agitant des drapeaux français.
Jeudi, Sophie Adenot a amerri dans l'océan Pacifique au large de la Californie après un trajet de retour de 27 heures à bord d'une capsule spatiale. Après 235 jours passés en orbite, elle a établi un nouveau record de durée pour un astronaute européen, hommes et femmes confondus.
- "Cocktail" d'émotions -
"C'est un cocktail d'étonnantes émotions", a-t-elle déclaré, évoquant à la fois la joie du retour et les difficultés physiques liées à la réadaptation à la gravité terrestre.
Le moment le plus éprouvant de son voyage a été, selon elle, l'attente dans la capsule après l'amerrissage, secouée pendant une vingtaine de minutes dans une mer agitée.
"Quand les commandos m'ont extrait de la capsule, la première chose que je leur ai dit, c'est +envoyez-moi dans l'espace, s'il vous plaît!+ C'était beaucoup plus facile là-haut", a-t-elle dit dans un sourire.
Plusieurs fois lors de son intervention, l'astronaute a peiné à contenir son émotion, les larmes lui montant aux yeux. Parfois, c'est une "euphorie intense" et "parfois ça vous prend aux tripes", a-t-elle expliqué, assurant qu'elle ne connaissait aucun astronaute qui n'avait "pas vécu ces émotions intenses".
Elle a décrit son séjour orbital comme une expérience "ultra transformatrice", estimant qu'il existe désormais pour elle "un avant et un après".
Depuis la Station spatiale internationale, à environ 400 kilomètres de la Terre, elle a dit avoir pris conscience de la fragilité de la planète. "Il n'y a pas de divisions, pas de frontières", a-t-elle souligné. "On voit juste une précieuse planète que nous partageons tous".
- Changement climatique -
Elle a également évoqué les inquiétudes ressenties lorsqu'un événement touche ses proches alors qu'elle se trouve à des centaines de kilomètres de la Terre. Basée ces dernières années sur le bassin d'Arcachon, elle a notamment été marquée par les incendies qui ont affecté cette région durant sa mission.
Observer depuis l'espace "les effets du changement climatique", comme l'assèchement de certains lacs ou le recul de la mer d'Aral, a renforcé sa conviction que la planète doit être protégée, a-t-elle expliqué.
La prochaine étape est désormais une longue phase de récupération. Après plusieurs mois en apesanteur, les astronautes doivent faire face à une perte de masse musculaire et osseuse ainsi qu'à une modification de leur système cardiovasculaire. Sophie Adenot a confié avoir aujourd'hui "l'impression de réapprendre à vivre, comme un bébé qui apprend à marcher".
Présente pour l'accueillir, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo a salué une "ambassadrice de la France dans l'espace" incarnant également, selon elle, "une certaine idée de la coopération internationale".
Les séjours prolongés d'astronautes comme celui qu'a réalisé Mme Adenot permettent de mener des centaines d'expériences scientifiques mais aussi d'étudier les effets de l'apesanteur sur l'organisme humain, un enjeu crucial pour les futurs voyages vers la Lune ou Mars.
W.Dupont--JdB