En Lozère, un dentiste réfute toute responsabilité pour des dizaines de mutilations
Un ex-dentiste jugé pour avoir escroqué la sécurité sociale en pratiquant des dizaines d'opérations injustifiées et bâclées ayant mutilé ses patients a nié toute responsabilité, mercredi, à l'ouverture de son procès devant le tribunal correctionnel de Mende (Lozère).
"Je ne suis pas l'auteur des escroqueries, des arnaques, je suis une victime de mon assistante", a assuré José Pereira Mendes, 61 ans, en arrivant au palais de justice, amaigri et appuyé sur une béquille.
Sur les séquelles dénoncées par ses anciens patients, à qui il a notamment arraché des dents saines, il a expliqué avoir dû "stopper le travail" en raison de son incarcération en 2021.
"C'est pour ça que les gens ne sont pas bien. J'ai bien fait tous les travaux, avec contrôle radiologique de toutes les situations", affirme M. Pereira Mendes. Radié en 2022 par l'ordre des dentistes, il comparaît libre après avoir fait une année de détention provisoire.
En matière de soins dentaires, "il y a une école qui dit qu'il faut arracher les dents et une autre qui dit qu'il faut aller jusqu'à l'acharnement thérapeutique pour conserver la dent. Ce qui était sa boussole, c'était son serment de soulager les patients (...) parce qu'il sait ce qu'est un mal de dents", a abondé lors d'une suspension d'audience son avocat, Me Kominé Bocoum, pour qui "les expertises, ce n'est pas la preuve en or en justice".
Après avoir pratiqué pendant une vingtaine d'années au Portugal puis au Mozambique, José Pereira Mendes, né à Coimbra (Portugal) en 1964, a exercé en qualité de chirurgien-dentiste libéral à Badaroux, une commune voisine de Mende, pendant deux ans, de fin 2018 jusqu'à son interpellation, le 5 janvier 2021.
L'ancien praticien, renvoyé pour des "faits de violences suivies de mutilation ou infirmité permanente", "escroquerie au préjudice d'un organisme de protection sociale", "abus de confiance" et "blanchiment", encourt dix années de prison.
Le procès fait écho à celui des dentistes marseillais Lionel et Jean-Claude Guedj, condamnés en octobre 2023 à respectivement huit et cinq ans d'emprisonnement pour avoir mutilé quelque 400 patients des quartiers populaires de la ville.
- "Je souffre en permanence" -
Le Dr Pereira Mendes est accusé d'avoir causé un préjudice de 330.000 euros à la Caisse Commune de Sécurité Sociale (CCSS) de la Lozère en facturant des actes non médicalement justifiés ou non réalisés et en encodant erronément des soins pour obtenir des remboursements indus.
Il a "essentiellement mutilé des patients et escroqué les organismes sociaux. La quasi-totalité des travaux sont non conformes, inachevés et à refaire", "laissant la quasi-totalité des patients en l'état et en grande détresse", a résumé dans un rapport une experte.
Il a "mutilé la patiente, venue pour un abcès, en enlevant inutilement 16 dents saines et en posant des implants non fonctionnels", a souligné l'experte.
"Je souffre en permanence de la bouche et je ne peux pas manger normalement", a dit cette femme aux enquêteurs. "Il m'a mutilé, il m'a arraché des dents bonnes", a déclaré un autre patient, à qui le Dr Pereira Mendes a enlevé 14 dents.
Quarante-quatre patients ont été identifiés comme victimes dans le dossier d'instruction mais leur nombre total pourrait être plus élevé, la sécurité sociale ayant relevé 1.234 anomalies dans 131 dossiers.
"Le Dr Pereira Mendes n'avait qu'une seule ambition, c'était de faire rentrer de l'argent à tout prix pour financer sa maison au Mozambique", a déclaré pendant l'instruction une femme de ménage qui s'était vu confier des tâches de secrétaire et même d'assistante dentaire.
"Les parties civiles attendent que M. Mendes ait un geste humain. Il les a chosifiées, ils attendent d'être réintégrés dans leur humanité", a confié à l'AFP Me Catherine Szwarcz, qui représente 27 parties civiles.
"Il y a les victimes directes et celles par ricochet, le mari ou la femme qui vit au quotidien avec ces personnes qui n'ont plus de vie sociale, qui ne peuvent plus s'exprimer comme avant, qui ont une déformation du visage et sont souvent en dépression", a-t-elle ajouté.
X.Lefebvre--JdB