JO: Mathis Desloges, l'émergence d'un champion en puissance
Avec Mathis Desloges, double médaillé d'argent aux JO-2026, les fondeurs français ont peut-être trouvé le champion en devenir qu'ils recherchaient. Acharné de travail, rigoureux, altruiste et pas intimidé par l'insubmersible Johannes Klaebo, le skieur de Villard-de-Lans fait souffler un vent de fraîcheur sur son sport.
"C'est l'éclosion d'un futur champion". Les mots viennent de l'ancien chef de file du biathlon français Martin Fourcade, présent vendredi dans le Val di Fiemme pour assister au nouvel exploit de Desloges, deuxième du 10 km individuel.
Le sextuple champion olympique a été séduit par "la maîtrise" de l'Isérois de 23 ans déjà médaillé d'argent derrière Klaebo lors de la première épreuve masculine. "Autant on peut miser sur la surprise sur le skiathlon mais aujourd'hui (vendredi), il remet le couvert. On voit qu'il avait son plan et qu'il n'en dévie pas et c'est peut-être ça qui me bluffe le plus chez lui", a dit l'ex-biathlète.
Son plan, Desloges s'y est astreint avec rigueur et un certain goût pour le stakhanovisme.
"Je ne me suis jamais entraîné aussi bien que ça. Je n'ai jamais poussé les curseurs autant pour tout, que ce soit l'entraînement, la récupération, l'alimentation, le sommeil. Tous ces facteurs-là, je les ai poussés au max", expliquait le fondeur français à l'AFP en janvier avant les JO.
Avant l'hiver, le néophyte des Jeux avait enchaîné les sorties en rollerski dans le Vercors, les exercices de musculation et des séances de course à pied. Habitué à s'infliger des volumes entre 20 et 35 heures d'entraînement hebdomadaires, l'ancien étudiant en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), a donc aussi passé en revue la nutrition.
- "Riz chaque matin" -
"Le sommeil et la nourriture sont deux piliers essentiels. Je mange du riz chaque matin de compétition !", avait d'ailleurs indiqué le policier réserviste sur le site internet de la Police nationale.
Desloges puise aussi dans les autres sports pour parfaire sa préparation. "Je m'inspire de l'athlétisme, ça peut être le triathlon ou tous les sports qui vont avoir un lien physiologique avec le ski de fond, donc tous ceux d'endurance", détaillait-il à l'AFP en janvier.
La récupération est aussi soignée chez le champion du monde U23 (20 km mass start en 2024) qui a fait un choix fort en renonçant au Tour de ski, prestigieuse étape de Coupe du monde, pour recharger les batteries avant les JO.
Bien lui en a pris puisqu'il s'est fait un nom dans le Trentin-Haut-Adige en décrochant deux médailles individuelles, performance inédite pour un fondeur français aux JO.
"C'est un monstre, il est à son prime aux Jeux. Il est stratosphérique! Et c'est trop bien... On ne va pas se plaindre d'avoir un gars comme ça dans l'équipe", a réagi son coéquipier Hugo Lapalus après le 10 km individuel vendredi.
"Franchement, je n'ai pas de mots, c'est tellement fou. Il y a encore quelques années, faire une médaille en individuel, c'était le rêve ultime et, là, il en claque deux en deux courses. Il n'y a pas de débat, il est peut être l'un des plus grands fondeurs français", a ajouté le 8e et deuxième meilleur tricolore de la course.
- "Attitude ambitieuse" -
Les Bleus ont globalement tiré leur épingle du jeu lors de l'individuel puisque Victor Lovera et Jules Lapierre ont aussi terminé dans le top 20 (respectivement 10e et 16e).
Cette équipe française "n'a jamais été aussi forte", a insisté Desloges soucieux de mettre en avant le collectif et de se tourner vers le relais (dimanche), épreuve fétiche des Bleus, en bronze lors des trois précédentes éditions olympiques.
En l'absence de l'équipe russe, titrée à Pékin, la France peut prétendre à l'argent mais Desloges, lui, veut bousculer les Norvégiens et viser "la plus belle médaille".
"Son attitude n'est aucunement arrogante, elle est ambitieuse. Et elle témoigne de la volonté de ce garçon qui dégage quelque chose de très sympathique, qui est sérieux, humble. Il nous embarque dans son aventure et c'est génial!", conclut Fourcade.
P.Mathieu--JdB