Gymnastique: l'ex-coach des "Farfalle" italiennes jugée pour maltraitance sur mineures
L'ex-coach de l'équipe d'Italie de gymnastique rythmique, Emanuela Maccarani, comparaît mardi devant la justice pour maltraitance sur mineures, alimentant les questions sur le traitement des jeunes athlètes alors que le pays accueille les Jeux olympiques.
Ancienne gymnaste au sein de l'équipe nationale, elle est poursuivie par un tribunal à Monza, près de Milan (nord), qui accueille une partie des Jeux.
Le procès a lieu après les révélations explosives faites il y a trois ans par deux gymnastes italiennes prometteuses, Nina Corradini et la double championne du monde Anna Basta, qui ont affirmé avoir abandonné leur sport encore adolescentes à cause de violences psychologiques exercées par Emanuela Maccarani.
Nina Corradini et Anna Basta se sont constituées partie civile aux côtés de deux autres gymnastes, Beatrice Tornatore et Francesca Mayer, ainsi que de Change The Game, une association italienne qui lutte contre les violences émotionnelles, physiques et sexuelles dans le sport.
Emanuela Maccarani a nié les accusations. Cinq gymnastes qui se sont entraînées avec elle ont témoigné en sa faveur lors d'une audience préliminaire en septembre dernier.
La fondatrice de Change The Game, Daniela Simonetti, a déclaré à l'AFP que le procès "remet en question des méthodes qui provoquent souvent douleur, dévastation et des conséquences importantes pour les garçons et les filles en général".
"Ce procès est lié à une façon de penser, une façon de comprendre le sport, une façon de gérer les jeunes athlètes. On espère qu'il y ait un vrai débat à ce sujet", a-t-elle dit.
Des épisodes d'abus présumés dans la gymnastique ont suscité une attention croissante, notamment à la suite d'un scandale de violences sexuelles à la fin des années 2010, qui a conduit à la condamnation de l'ancien médecin de l'équipe des Etats-Unis, Larry Nassar, pour avoir agressé des jeunes filles.
- Vulnérables -
Le Comité olympique a accordé une attention soutenue à la santé mentale ces dernières années afin de protéger le bien-être des athlètes, et travaille avec le géant de la tech Meta pour surveiller les réseaux sociaux et y repérer les contenus malveillants pendant Milan-Cortina.
Bien que la discipline ne soit pas au programme des Jeux d'hiver, les meilleurs gymnastes du monde se préparent pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.
La coach Maccarani, 59 ans, a hissé l'Italie au sommet d'un sport traditionnellement dominé par des pays issus de l'ex-bloc soviétique.
Les "Farfalle" (papillons) italiennes ont remporté des titres mondiaux et continentaux, ainsi que des médailles olympiques, notamment grâce à Sofia Raffaeli, 3e du concours général des Jeux de Paris-2024.
Mais durant son règne de près de trois décennies au Centre national d'entraînement de l'équipe italienne à Desio, non loin de Monza, les journées commençaient par une pesée des gymnastes les unes devant les autres.
Souvent loin de leurs familles et à peine sorties de l'enfance, elles étaient vulnérables. Certaines prenaient des laxatifs et se pesaient de manière obsessionnelle.
Une championne du monde a rapporté avoir été réprimandée pour avoir mangé une poire.
L'affaire semblait close en septembre 2023 lorsqu'Emanuela Maccarani a reçu un simple avertissement du tribunal disciplinaire de la fédération de gymnastique du pays (FGI) et a été rétablie à la tête de l'équipe nationale.
Mais en mars 2025, la fédération de gym, avec pour nouveau président Andrea Facci, a licencié Emanuela Maccarani. L'explication officielle donnée à l'AFP au moment de son renvoi était que l'organisation souhaitait "ouvrir un nouveau cycle en vue des Jeux olympiques de Los Angeles 2028".
Nina Corradini, dont le témoignage a conduit le parquet de Monza à ouvrir une enquête, a déclaré à l'AFP l'an dernier qu'elle était heureuse "pour les jeunes athlètes qui vont désormais rejoindre l'équipe nationale et qui auront assurément une expérience différente".
Y.Callens--JdB