Journal De Bruxelles - Dans un Sénégal en crise, les Jeux olympiques de la jeunesse ne suscitent pas encore d'engouement

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Dans un Sénégal en crise, les Jeux olympiques de la jeunesse ne suscitent pas encore d'engouement
Dans un Sénégal en crise, les Jeux olympiques de la jeunesse ne suscitent pas encore d'engouement / Photo: PATRICK MEINHARDT - AFP/Archives

Dans un Sénégal en crise, les Jeux olympiques de la jeunesse ne suscitent pas encore d'engouement

Dans le brouhaha du marché hebdomadaire de Grand-Yoff à Dakar, l'activité commerciale bat son plein, mais les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), prévus au Sénégal du 31 octobre au 13 novembre, peinent encore à s'imposer dans les conversations, bien loin des préoccupations actuelles des Sénégalais.

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Emploi, coût de la vie ou encore revenus : à un mois du coup d'envoi dans ce pays en crise du premier événement olympique organisé en Afrique, les urgences sont ailleurs, pour de nombreux habitants interrogés par l'AFP.

Venue acheter des vêtements pour ses enfants, Arame Diop, 34 ans, ne nourrit pas d'attente particulière vis-à-vis de cet événement présenté comme historique.

"Avec toutes les difficultés que traverse le pays actuellement, je ne pense pas que ce soit la priorité du moment", estime-t-elle, jugeant que l'argent consacré aux infrastructures pourrait répondre à d'autres besoins.

"Beaucoup de jeunes diplômés cherchent désespérément du travail sans jamais rien trouver", se désole-t-elle.

Ces Jeux interviennent dans un contexte économique difficile pour le Sénégal depuis la découverte en 2024 d'une "dette cachée" laissée par le régime de l'ex-président Macky Sall (2012-2024).

Depuis, le Sénégal a vu la confiance des partenaires économiques internationaux s'éroder. Le pays vient enfin de parvenir à un accord de principe avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars (1,94 milliard d'euros), qui doit encore être finalisé.

À quelques kilomètres du marché de Grand-Yoff, sur la place Mamadou Diop de Yoff, quelques personnes assistent au passage de la flamme olympique, qui ne suscite pas l'engouement attendu.

Penché sur une voiture, Moussa Diop, mécanicien de 19 ans, et son ami Ibrahima Samb, 26 ans, serveur dans un restaurant, cherchent à comprendre la raison de ce rassemblement.

Informé de la tournée de la flamme, Ibrahima Samb tranche : "Ces Jeux, nous aurions vraiment pu nous en passer au vu de la situation actuelle du pays, ou du moins les reporter. Les gens souffrent. Ils ne travaillent même plus pour vivre, mais pour survivre".

Depuis plusieurs mois, les Dakarois vivent au rythme des travaux de rénovation des infrastructures ou des espaces publics pour faire place nette pour les Jeux.

Contactées par l'AFP, les autorités sénégalaises n'ont pas précisé le montant de ces travaux. Mais le budget 2026 prévoit environ 139 millions d'euros pour le programme d'infrastructures des JOJ.

Par ailleurs, l'Agence française de développement (AFD) a accordé un prêt de 80 millions d'euros au Sénégal pour réhabiliter des installations sportives et créer des équipements de proximité.

- Déguerpissements -

Assis sur la table qui lui sert d'étal pour exposer ses produits, Mamadou Ndiaye, vendeur ambulant de 43 ans, évoque avec amertume le déguerpissement de plusieurs vendeurs à la sauvette pour faire place nette sur les trottoirs de la capitale sénégalaise.

"On ne peut pas sacrifier des milliers de pères de famille qui n'arrivent pas à payer le loyer, la scolarité de leurs enfants ou à subvenir aux besoins de leurs proches pour un événement qui dure moins d'un mois", proteste-t-il.

"À quoi ça sert d'avoir toutes ces infrastructures, si les gens ont faim ?" s'interroge-t-il, estimant que l'argent dépensé pour ces JOJ aurait dû être utilisé pour davantage soutenir l'emploi, l'agriculture et les activités génératrices de revenus.

À quelques encablures de là, Ibrahima Baldé, assis sur son tabouret après une journée de dur labeur, abonde.

"La priorité, actuellement, c'est le coût de la vie : l'électricité, l'eau, la nourriture, les loyers. Tout a explosé...", lance-t-il, estimant que "le pays se plaint d'autres choses que des infrastructures".

Mais, à mesure qu'il évoque les Jeux, son discours se nuance. Il reconnaît leur potentiel pour les petits acteurs économiques.

"Beaucoup de pays vont envoyer des délégations, qui viendront avec leurs devises. Le petit commerçant va s'y retrouver, de même que le transport et les propriétaires de logements", espère-t-il.

- Espoir d'un regain d'activité -

Au village artisanal de Soumbédioune, sur la Corniche de Dakar, parmi les statuettes et les objets d'art sénégalais, l'arrivée prochaine des athlètes suscite ainsi beaucoup d'espoir chez les artisans.

Aliou Sow, 70 ans, secrétaire général d'une association de sculpteurs, voit dans les JOJ une "opportunité économique" en cette "période difficile".

"Avec tous les participants qui sont attendus, cela peut être une bonne chose pour le Sénégal", soutient-il.

À l'autre bout du village, les attentes restent toutefois mesurées. Anna Sèye, 36 ans, artisane, estime que les JOJ "peuvent être une bonne chose", même s'ils ne constituent pas "à 100%" une priorité.

"Nous attendons des étrangers qui pourraient rebooster le commerce", dit-elle, plaidant ainsi pour pouvoir exposer ses produits sur les sites des Jeux.

R.Verbruggen--JdB