Les Brésiliens aux urnes pour un âpre duel entre Lula et Flavio Bolsonaro
Les Brésiliens se rendent aux urnes dimanche pour le second tour de la présidentielle qui doit départager le président sortant de gauche Lula et son rival conservateur Flavio Bolsonaro, après une campagne qui a montré les profondes divisions du pays.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui fêtera ses 81 ans la semaine prochaine, mène sa dernière bataille. Il espère arracher un retournement après son revers du premier tour.
Avec 45 % des voix contre 47 % pour son rival, il avait été devancé par le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), condamné pour tentative de coup d'Etat.
Les derniers sondages donnent 51 % d'intentions de vote au parlementaire, contre 49 % au président sortant. Un écart dans la marge d'erreur.
Les Brésiliens doivent décider si le pays restera l'un des derniers bastions de gauche en Amérique latine ou rejoindra la vague de droite dans la région, encouragée par le président américain Donald Trump.
- "Ras-le-bol" -
Quelque 160 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. Les bureaux fermeront à 17H00 (20H00 GMT) et les résultats sont attendus peu après.
La pluie dans certaines régions pourrait peser sur la participation, alors que l'abstention avait atteint 21 % au premier tour.
"Le Brésil a besoin de plus de temps avec Lula, principalement parce que le pays est sur le point de tomber entre les griffes du fascisme", a dit à l'AFP Maria Fernanda Elisbao, assistante d'édition de 21 ans. Elle vote à Sao Bernardo do Campo, fief du leader de gauche, près de Sao Paulo.
Après le premier tour, il a pu compter sur une mobilisation massive du camp progressiste dans les rues et sur les réseaux sociaux.
Le président sortant, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, s'est posé en défenseur de la démocratie et en rempart contre les États-Unis et leurs pressions commerciales et diplomatiques.
Les électeurs doivent "choisir un pays où le drapeau est respecté", a-t-il dit d'une voix très fatiguée après avoir voté, accusant son rival de vouloir "gouverner avec le drapeau américain".
Flavio Bolsonaro, 45 ans, dont le père est un allié de Donald Trump, veut un rapprochement avec les Etats-Unis. Il promet aussi de durcir la lutte contre la criminalité et de tailler dans les dépenses publiques.
"L'heure du véritable changement est arrivée", a-t-il lancé, tout sourire, après avoir voté à Rio de Janeiro. "Le Brésil ne peut supporter quatre années de plus dans cet état", a-t-il ajouté.
Signe de la polarisation du pays, des partisans des deux candidats se sont affrontés à coups de chants et de slogans pendant que le sénateur votait.
Vêtus de rouge et formant un "L" avec leurs doigts, les sympathisants de gauche ont entonné le classique "Olé olé olé ola, Lula". À quelques mètres, des partisans de son concurrent ont répliqué : "Lula, voleur, ta place est en prison", a constaté une journaliste de l'AFP.
"Pour moi, ce qui compte, c'est le renouvellement, ras-le-bol de la même chose", a expliqué Eduardo Viana, retraité de 67 ans. "Les gens n'ont même pas de quoi faire leurs courses."
- L'héritage Bolsonaro -
Flavio Bolsonaro s'est présenté comme "plus modéré" que son père, tout en revendiquant son héritage. Il a annoncé que, s'il est élu, son premier geste sera de le libérer.
L'ancien chef de l'Etat purge en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison, pour avoir cherché à s'accrocher au pouvoir après sa réélection manquée en 2022.
Sous sa présidence, la destruction de la forêt amazonienne s'était accélérée. Sous Lula en revanche, le déboisement dans la plus grande forêt tropicale du monde a atteint son niveau le plus bas en quatre décennies.
Durant le troisième mandat du président sortant, le chômage a connu une baisse historique et l'inflation a été relativement maîtrisée. Mais les électeurs se plaignent du coût de la vie et sont exaspérés par la violence.
Quel que soit le vainqueur, les prochaines années ne devraient pas être synonymes d'apaisement.
"Si la gauche gagne, elle devra affronter quatre années avec un Congrès hostile et des menaces de destitution", prédit l'analyste Thomas Traumann après le raz-de-marée conservateur aux législatives.
"Si l'extrême droite gagne, ce sera un gouvernement de représailles, dirigé contre la Cour suprême", qui avait condamné son père, estime-t-il.
T.Bastin--JdB