Israël: les partis arabes se voient en faiseurs de rois pour faire tomber Netanyahu
Ils ne gouverneront pas Israël mais peuvent faire pencher la majorité en faveur de ceux qui défendront leurs intérêts. Portés par une population qui en a "assez" de Benjamin Netanyahu, les principaux partis arabes entendent jouer les faiseurs de rois lors des élections.
Dans des entretiens accordés à l'AFP, Mansour Abbas, à la tête de la Liste arabe unie (Raam, une formation islamiste modérée), et Youssef Jabareen, qui dirige la Liste unifiée (une coalition de trois partis aux sensibilités nationalistes et communiste), ont affiché un objectif commun: faire tomber, à l'issue des élections législatives de mardi, le gouvernement du Premier ministre israélien, qu'ils qualifient de "raciste".
Tous deux membres de la minorité arabe israélienne, descendante des Palestiniens restés sur leurs terres lors de la création d'Israël en 1948 et qui représente environ 20% de la population, ils représentent des citoyens qui se sentent plus marginalisés que jamais par le gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays.
Les deux responsables se disent ainsi prêts, sous certaines conditions, à collaborer avec le bloc d'opposition qui s'est constitué autour de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, donné au coude-à-coude avec celui de M. Netanyahu dans les sondages.
"Nous voulons être des partenaires influents afin de pouvoir porter des décisions à la table du prochain gouvernement et (...) résoudre les grands problèmes et défis auxquels la société arabe est confrontée", déclare M. Abbas à Nazareth, ville arabe du nord d'Israël.
- "Partenariat judéo-arabe" -
Malgré les sondages qui placent son bloc loin du seuil des 61 sièges nécessaires pour avoir la majorité à la Knesset, M. Eisenkot écarte pour l'instant toute participation des partis arabes à sa coalition, afin de ménager l'électorat juif.
Réaliste, M. Abbas a atténué toute rhétorique liée à Gaza ou à la Cisjordanie, et axé sa campagne sur des questions consensuelles comme la criminalité qui gangrène la société arabe israélienne.
Il est aussi allé jusqu'à intégrer à sa liste Yoav Segalovitz, un ancien haut responsable de la police israélienne qui avait été nommé vice-ministre de la Sécurité nationale et premier juif de droite à figurer sur une liste à majorité arabe.
Ce choix symbolise selon M. Abbas "un engagement positif en faveur du partenariat judéo-arabe", qui répond aussi à une volonté de s'appuyer sur "une expertise professionnelle considérable dans la lutte" contre la criminalité, qui ne cesse d'exploser depuis quelques années.
Alors qu'un grand nombre d'électeurs arabes israéliens voyaient autrefois d'un mauvais œil toute collaboration avec les partis israéliens juifs, ceux rencontrés par l'AFP disent que la priorité est désormais de chasser le gouvernement actuel.
"Jamais auparavant (on) n'avait traité les Arabes avec une telle dureté", dit ainsi un ancien directeur de lycée de 68 ans qui a souhaité rester anonyme par crainte de représailles. Le gouvernement a "fait preuve d'hostilité envers les Arabes, il n'y a pas d'autre mot".
Hanaa Zraiq Sayegh estime de son côté que le pays "fait marche arrière" dans son "attitude" envers cette minorité. "J'aimerais que les choses changent", confie cette propriétaire d'une école de danse de 40 ans.
Pour Ziad Mansour, un barbier de 50 ans, la minorité arabe veut simplement un "gouvernement modéré qui traite bien son peuple et son pays".
"Pas de guerres, de problèmes, de violence et de toutes ces choses. Nous en avons assez!", lance-t-il.
- "Exigences" -
Plusieurs commentateurs estiment que les listes arabes pourraient soutenir le bloc de M. Eisenkot même sans rejoindre formellement la coalition, ce qui donnerait un gouvernement minoritaire appuyé par les voix arabes à la Knesset.
C'est l'option privilégiée par Youssef Jabareen, 54 ans, professeur universitaire spécialisé dans les droits humains.
Il se dit ainsi prêt à "coopérer" pour mettre fin au pouvoir de Benjamin Netanyahu, sans toutefois envisager, à ce stade, de participer directement à un gouvernement d'opposition, en raison de positions trop divergentes sur la guerre à Gaza et la colonisation juive en Cisjordanie.
Il ne s'agira pas de signer un "chèque en blanc", prévient-il toutefois, conditionnant son soutien à la manière dont ces partis "répondront à notre programme et à nos propositions".
S.Lambert--JdB