A l'approche des élections de mi-mandat américaines, les sites de désinformation prolifèrent
S'il se présente comme un média indépendant, le North Carolinian fait en réalité partie des centaines de sites se faisant passer pour des médias locaux pour diffuser des informations fausses ou erronées dans les Etats disputés, à l'approche des élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis.
Les soutiens de ces sites dits "pink slime" y injectent des centaines de milliers de dollars pour mettre en avant leurs publications sur les réseaux sociaux, augmentant ainsi leur visibilité, alors que les véritables médias d'information sont en proie à des difficultés financières et font face à une défiance croissante de la part du public.
Le Senate Leadership Fund (SLF), un comité d'action politique qui se présente comme "dédié à la protection et à l'expansion de la majorité républicaine au Sénat", a lancé le North Carolinian en juillet, d'après l'organisation américaine NewsGuard, qui analyse la fiabilité des sites et contenus en ligne.
Si le site reconnaît avoir été "financé par SLF", il affirme "ne pas avoir été autorisé par aucun candidat ou équipe de campagne".
Mais le North Carolinian semble se concentrer sur son opposition à Roy Cooper, le candidat démocrate au Sénat dans cet Etat du sud-est, tout en cherchant à dynamiser la campagne de son adversaire républicain, Michael Whatley.
Le site a publié plusieurs articles comme "le bilan catastrophique de Roy Cooper en matière de criminalité", ou encore "Whatley met en lumière le dangereux laxisme envers la criminalité du démocrate Cooper".
- 800.000 dollars -
D'après NewsGuard, SLF aurait dépensé entre 34.700 et 46.715 dollars pour mettre en avant le site sur les plateformes de Meta (Facebook, Instagram) en août, cumulant 3,6 millions de vues.
SLF n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
NewsGuard a relevé que deux groupements de ces "médias" — One Nation à droite, et l'American Independent à gauche — ont dépensé au moins 801.500 dollars en publicité lors des huit premiers mois de l'année pour mettre en avant leurs contenus sur Facebook et Instagram.
Leurs audiences en hausse pourraient aussi avoir des conséquences sur les agents conversationnels IA, de plus en plus utilisés pour des recherches en ligne, d'après des chercheurs.
"Ces sites +pink slime+ peuvent être déroutants pour les lecteurs qui ne sont pas au courant de leurs agendas et qui les prennent pour de véritables sites d'informations indépendants dans leur région", explique Sam Howard de NewsGuard.
Selon le décompte de la newsletter indépendante Popular Information, One Nation, qui est affilié à SLF, a lancé six sites qui se présentent comme des médias indépendants dans des Etats clés pour les élections de mi-mandat: la Géorgie, l'Alaska, le Maine, l'Iowa, l'Ohio et le New Hampshire.
One Nation "produit de la propagande qui se fait passer pour du journalisme", indiquait la lettre d'information.
- "Faire croire" -
L'année dernière, une étude soutenue par l'Institut d'études sociales et politiques de l'Université de Yale a alerté sur leur influence grandissante, indiquant que de nombreux utilisateurs préféraient de tels sites aux médias traditionnels.
"Ces sites semblent recevoir de l'argent de la part de campagnes ou d'acteurs politiques et publient des articles biaisés ou orientés, sous le vernis d'un site d'information légitime", a déclaré Kevin DeLuca, professeur adjoint de science politique dans cette université.
"De tels sites ont le potentiel de faire croire des choses qui ne sont pas vraies aux gens, sans qu'ils comprennent d'où vient l'information", a-t-il poursuivi.
A l'heure où les outils d'intelligence artificielle sont largement accessibles, produire et diffuser un tel contenu — du "pseudo-journalisme" pour le Columbia Journalism Review — n'a jamais été aussi facile.
NewsGuard en a identifié 21 qui se sont lancés cette année, portant leur total à 1.179. En comparaison, seuls 937 quotidiens sont encore en activité d'après le projet de la Northwestern University sur les initiatives en matière d'information locale.
Car si les médias "pink slime" montent, les journaux locaux sont en déclin, certains obligés de fermer ou de licencier massivement en raison d'un contexte économique défavorable.
En 2025, sur les plus de 3.000 comtés aux Etats-Unis, la Northwestern University en a décompté 212 comme "déserts médiatiques".
A.Thys--JdB