Journal De Bruxelles - En Cisjordanie, la détresse de mères d'enfants et adolescents palestiniens tués par Israël

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En Cisjordanie, la détresse de mères d'enfants et adolescents palestiniens tués par Israël
En Cisjordanie, la détresse de mères d'enfants et adolescents palestiniens tués par Israël / Photo: JOHN WESSELS - AFP

En Cisjordanie, la détresse de mères d'enfants et adolescents palestiniens tués par Israël

Alia al-Hallaq a perdu son petit de neuf ans en octobre, tué par un soldat israélien en Cisjordanie occupée, mais n'arrive "toujours pas à l'accepter": cette femme au foyer se présente encore comme la mère de cinq enfants, et non quatre.

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L'AFP a rencontré 12 mères endeuillées depuis l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza et une explosion des violences commises par des colons et troupes israéliens en Cisjordanie.

Si les histoires diffèrent dans les détails, toutes témoignent d'une vie familiale brisée et de l'absence de poursuite à ce stade des responsables.

Le plus jeune avait sept mois, le plus âgé 17 ans: la plupart ont été tués par des tirs israéliens quand ils rentraient de l'école, sortaient de la boulangerie ou se tenaient devant une mosquée, selon le récit livré par leurs proches.

Bana, 13 ans, seule fille parmi ces victimes, regardait par la fenêtre de sa chambre quand elle a été fauchée par des balles israéliennes, raconte sa mère Eman Laboum.

Trois autres ont été tués dans des frappes, et un dernier dans une attaque de colons.

- "La fin" -

Selon Alia al-Hallaq, son fils Mohammed a été tué d'une balle alors qu'il fuyait des soldats présents dans son village d'al-Rihiya.

"Je n'ai toujours pas accepté sa perte. Souvent, je reste assise dans la cour de la maison à pleurer en regardant la tombe de Mohammed en contrebas, en faisant attention à ce que mes enfants ne me voient pas", confie-t-elle.

L'oncle du petit garçon, lui aussi nommé Mohammed Hallaq, affirme qu'il a été victime d'une balle perdue, tirée lors d'un affrontement entre des soldats et un groupe de jeunes.

D'après les premiers secours, la balle a traversé son abdomen, marquant pour sa mère "la fin".

Contactée par l'AFP, l'armée israélienne avait déclaré à l'époque des faits que des soldats en patrouille avaient ouvert le feu sur des individus jetant des pierres dans le village.

"Des impacts ont été constatés", avait-elle indiqué, utilisant une expression qu'elle emploie généralement pour dire que des personnes ont été touchées par les tirs.

- Des balles contre des pierres -

L'organisation de défense des droits humains israélienne B'Tselem a recensé 235 cas de mineurs palestiniens tués par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée, entre le début de la guerre à Gaza et le mois de juin 2026.

La Commission de résistance à la colonisation et au mur, une institution dépendant de l'Autorité palestinienne, a quant à elle rapporté 250 morts de mineurs.

Selon les chiffres de ces organisations, plus de sept mineurs palestiniens ont été tués chaque mois en moyenne sur la période par des soldats ou colons israéliens. Entre 2005 et 2021, on en comptait un par mois.

Cinq d'entre eux ont été tués par des colons israéliens, d'après B'Tselem, mais les adolescents sont le plus souvent abattus par des tirs de soldats en réponse à des jets de pierre, action leur valant d'être qualifiés de "terroristes" par Israël.

- "Pourquoi viser un enfant ?" -

Sam Abu Haikal, un nourrisson de sept mois, a reçu une balle dans la tête en juin 2026, sur les genoux de sa mère Dania.

L'enfant et ses parents se trouvaient dans leur voiture à Hébron, lorsque des soldats israéliens ont ouvert le feu, blessant gravement la femme de 28 ans du même coup.

"Pourquoi viser un enfant ? Qu'est-ce qu'un petit bébé, un nourrisson de sept mois, a fait pour nuire aux soldats ?", déplore Dania Abu Haikal, que l'AFP a rencontrée à son domicile de Bethléem.

Le visage désormais barré d'une large cicatrice, cette professeure d'université doit supporter les douloureuses séquelles physiques et mentales de l'assaut.

"Je pleure tous les jours, ma vie est vide sans lui", dit-elle, une peluche ayant appartenu à son seul enfant entre les mains.

A l'issue d'une enquête préliminaire, l'armée a déclaré qu'un de ses soldats avait ouvert le feu sur des "civils non impliqués" après que leur véhicule eut accéléré en direction des troupes.

Une version des faits contestée par la jeune femme, qui affirme que son mari avait stoppé la voiture.

Comme plusieurs des mères rencontrées par l'AFP, elle a fait appel à un avocat pour pousser l'armée à mener une enquête approfondie sur cet incident.

"Les Palestiniens n'obtiennent pas justice lorsqu'ils sont tués par des Israéliens. Mais nous espérons tout de même".

W.Dupont--JdB