Journal De Bruxelles - Aide au développement: l'OCDE s'inquiète d'une "baisse historique" en 2025

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Aide au développement: l'OCDE s'inquiète d'une "baisse historique" en 2025
Aide au développement: l'OCDE s'inquiète d'une "baisse historique" en 2025 / Photo: Grégoire CAMPIONE - AFP/Archives

Aide au développement: l'OCDE s'inquiète d'une "baisse historique" en 2025

La baisse est "historique": l'OCDE s'est inquiétée jeudi de la chute de 23,1% de l'aide publique au développement (APD) en 2025, due au décrochage des principaux pays donateurs, Etats-Unis en tête, dans un contexte budgétaire et géopolitique tendu qui continuera à peser en 2026.

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Les montants consacrés à l'APD par les pays membres du comité d'aide au développement de l'OCDE ont atteint 174,3 milliards de dollars l'an dernier, en recul pour la deuxième année consécutive, selon des chiffres préliminaires publiés par l'Organisation de coopération et de développement économiques, basée à Paris.

L'aide au développement anticipée pour 2025 retombe au niveau de 2015 et baisse de 4,2% par rapport à 2019, alors qu'elle avait augmenté de 32,7% sur la période 2019-2023.

Elle représente 0,26% du revenu national brut (RNB) des pays du comité, loin de l'objectif de 0,7% des Nations unies, au grand dam des ONG.

"Il est extrêmement préoccupant de constater que l'APD a enregistré une chute si brutale en 2025", mesurée en termes réels (ajustés de l'inflation et des fluctuations des taux de change), a commenté le président du comité d'aide au développement (CAD), Carsten Staur, dans un communiqué.

D'autant que "notre époque se caractérise par des besoins humanitaires grandissants, de fortes pressions pesant sur les pays les plus pauvres et les plus fragiles, ainsi que par des incertitudes croissantes sur toute la planète et une insécurité massive", a-t-il souligné.

- Ukraine -

Sur fond de multiplication des crises internationales et de finances publiques exsangues, de nombreux pays développés ont réalisé des coupes dans leur aide au développement.

Si 26 des 34 pays membres du CAD ont réduit leur aide au développement l'an dernier, les cinq principaux pays donateurs ont représenté 95,7% du recul total.

L'APD a ainsi diminué en Allemagne (-17,4%), en France (-10,9%), au Royaume-Uni (-10,8%) et au Japon (-5,6%). A eux seuls, les Etats-Unis ont entraîné trois quarts (75,1%) de la chute: le retour de Donald Trump à la Maison Blanche s'est accompagné d'une réduction drastique de l'aide humanitaire avec le démantèlement de l'agence USAID.

Malgré une baisse de son enveloppe, l'Allemagne a détrôné pour la première fois les Etats-Unis comme premier donateur (29,1 milliards de dollars contre 29 milliards).

Dans son rapport, l'OCDE estime que "cette baisse interroge également sur l'efficience et l'efficacité de l'APD qui reste déployée, ainsi que sur les perspectives incertaines à court terme de l'architecture internationale du financement du développement".

Cette situation a pénalisé les programmes de développement de base, l'aide humanitaire et l'aide consacrée au coût des réfugiés ainsi que, géographiquement, l'Afrique et les pays les pays les moins avancés.

L'aide bilatérale des pays du CAD à l'Ukraine a chuté de 38,2% à 10,3 milliards de dollars, plombée par les Etats-Unis (-91,1%). Toutefois, en tenant compte des contributions des institutions de l'Union européenne, l'aide bilatérale s'est inscrite en hausse de 18,7%, à 44,9 milliards de dollars, le volume d'aide "le plus important jamais fourni à un pays donné".

- Millions de vies -

Pour Maé Kurkjian, directrice du plaidoyer de l'ONG ONE en France, "la baisse des contributions multilatérales affaiblit les mécanismes de redistribution vers les pays les plus pauvres. Les donateurs privilégient désormais les canaux bilatéraux et les intérêts géostratégiques, au détriment des mécanismes collectifs."

Oxfam a déploré que "les gouvernements des pays riches tournent le dos à la vie de millions de femmes, d'hommes et d'enfants dans le Sud global". L'ONG a appelé les gouvernements à "restaurer leurs budgets d'aide et consolider le système humanitaire mondial", notamment en taxant les ultra-riches.

Selon l'OCDE, qui publiera des chiffres définitifs en décembre, les pressions politiques et budgétaires devraient perdurer en 2026: elle entrevoit une nouvelle baisse de l'APD de 5,8%.

Engagé dans une guerre coûteuse avec l'Iran, la Maison Blanche prévoit par exemple, dans son projet de budget pour 2027, d'amputer de plusieurs milliards de dollars les enveloppes des projets d'aide au développement ou d'assistance humanitaire, tandis qu'elle souhaite augmenter fortement les dépenses de défense déjà colossales.

Inversement, parmi les pays ayant augmenté leur APD en 2025 figurent six membres de l'UE (Danemark, Hongrie, Italie, Luxembourg, Espagne et Suède) ainsi que l'Islande et la Norvège.

J.F.Rauw--JdB