Feu vert du gouvernement à une marche de l'ultradroite en hommage à Quentin Deranque
Une marche de l'ultradroite devrait bien avoir lieu samedi à Lyon en hommage à Quentin Deranque: Laurent Nuñez a annoncé vendredi, au lendemain des mises en examen de sept personnes dans l'enquête sur la mort du militant nationaliste, qu'il ne s'opposerait pas à cette manifestation.
Le ministre de l'Intérieur a assuré sur RTL que ce rassemblement serait encadré par un "dispositif policier extrêmement important". Prévoyant 2.000 à 3.000 participants, il a estimé que "pour l'instant, la liberté est plus importante que l'inquiétude".
Cette décision contrecarre la volonté du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, qui réclamait l'interdiction de l'événement en raison de "risques avérés de troubles à l'ordre public".
Dans ce climat très tendu, le président du Rassemblement national Jordan Bardella, toujours en quête de dédiabolisation de son parti, a recommandé vendredi à ses cadres de ne pas se rendre aux hommages ni d'y associer le Rassemblement national. Dans une lettre consultée par l'AFP, il a souligné que les organisateurs sont "multiples, incertains".
- "Démonstration fasciste" -
Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a lui appelé à l'interdiction de la marche, une "véritable démonstration fasciste dans les rues" et une "menace pour les habitants", a-t-il écrit sur X.
"Plus de 1.000 néonazis de toute l'Europe sont annoncés dans une volonté de vengeance mortifère", a-t-il mis en garde.
La famille de Quentin Deranque ne participera pas non plus à l'événement, appelant au calme. L'avocat de la famille, Me Bastien Brajon, a appelé sur BFMTV à un rassemblement "sans expression politique".
Ces tensions éclatent au lendemain d'une importante étape judiciaire: six hommes soupçonnés d'avoir frappé à mort le militant nationaliste ont été mis en examen pour "homicide volontaire" et un assistant du député LFI Raphaël Arnault pour "complicité".
Ce collaborateur, Jacques-Elie Favrot, 25 ans, a été placé en détention provisoire. Le chef retenu à son encontre confirme qu'il "n'a pas donné de coups directs susceptibles d'avoir causé le décès", a réagi son avocat, Me Bertrand Sayn.
Au juge d'instruction, le jeune homme a redit "qu'il ne s'agissait absolument pas d'un guet-apens, mais bien d'un affrontement avec un groupe de militants d'extrême droite", a poursuivi l'avocat.
Parmi les suspects mis en examen pour homicide volontaire, et également écroué, figure un autre proche de Raphaël Arnault, Adrian Besseyre, 25 ans, qui travaillait dans l'équipe du député jusqu'à quelques jours avant les faits, a expliqué à l'AFP son avocat, Me Benoît Courtin.
- Démarche "indécente" -
Quentin Deranque, 23 ans, a été frappé le 12 février par des individus encagoulés en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan, alors qu'il assurait la sécurité des militantes identitaires de Némésis, et est décédé samedi.
Sur RTL, M. Nuñez a déclaré avec certitude ne pas croire au guet-apens, y voyant "une rixe entre deux groupes qui s'est terminée par un homicide volontaire (...) par un lynchage qui est absolument abominable".
Depuis l'Inde, Emmanuel Macron a exhorté "les extrêmes à faire le ménage dans leurs rangs".
De son côté, LFI refuse d'exclure M. Arnault. Pour le coordinateur Manuel Bompard, il ne saurait être "tenu responsable des actes de ses salariés".
Dans ce contexte, à trois semaines du premier tour des élections municipales, cinq médias de gauche lancent un hors-série contre l'extrême droite. Le co-rédacteur en chef de StreetPress Mathieu Molard a regretté que "la temporalité nous a empêchés de traiter" la mort de Quentin Deranque.
La polémique s'invite également dans les municipales. L'ex-patron de l'OL Jean-Michel Aulas, crédité de 42% d'intentions de vote contre 31% pour M. Doucet, a demandé dans une tribune qu'un portrait de la victime soit affiché sur l'Hôtel de Ville. Une démarche qualifiée d'"indécente" par le maire de la Ville, M. Doucet.
P.Mathieu--JdB