A New York, le coût exorbitant de la vie contraint les artistes à l'exil
Après 20 ans de carrière dans le maquillage pour le cinéma et la télévision, Noël Jacoboni a "peur de ne pas pouvoir rester" à New York, où elle et ses pairs "n'ont plus les moyens de vivre".
Le coût exorbitant de la vie, dont le nouveau maire Zohran Mamdani a fait son cheval de bataille, contraint les professionnels de l'art et de la création à quitter l'une des capitales culturelles mondiales.
Selon un rapport publié en décembre par l'organisation indépendante de politiques publiques Center for an Urban Future, le nombre de New-Yorkais travaillant dans les secteurs créatifs, de l'audiovisuel à la mode en passant par le design ou la publicité, a diminué de 6,1% depuis 2019.
"Mon espoir était de voir un fort rebond après les heures les plus sombres de la pandémie, sachant que les artistes avaient été frappés plus durement" mais cela ne s'est pas vérifié, a expliqué à l'AFP l'un des auteurs de ce rapport, Eli Dvorkin.
Depuis, "les coûts augmentent beaucoup plus rapidement que les revenus, et les artistes ressentent vraiment cette pression".
Le secteur culturel et créatif emploie 326.000 personnes à New York, mais la capitale économique des Etats-Unis perd de son attractivité au profit d'autres villes du sud du pays, comme Miami, Dallas ou Nashville.
- "Manque de travail" -
Dans la mégapole, les travailleurs de ce secteur gagnent 23% de moins que le salaire horaire médian national, en tenant compte du coût de la vie, contre 15% de moins il y a dix ans.
En cause, l'inflation, bien sûr, mais surtout les loyers. Au cours de la dernière décennie, le loyer médian à New York a augmenté de 42%, tandis que le revenu médian dans les industries créatives n'a augmenté que de 25%, bien en dessous de la hausse moyenne de 44% pour l'ensemble de la ville.
Témoignant début février devant le comité du conseil municipal chargé des affaires culturelles, Noël Jacoboni a aussi déploré "le manque de travail dû à la hausse des coûts de production, alors qu'on essaie encore de se remettre de la pandémie".
Depuis 2020, les emplois dans le cinéma et la télévision à New York ont diminué de 19,1%, selon le rapport. Il en va de même dans la publicité (-15,7%), le design (-14,3%) ou les arts du spectacle (-6,4%).
La production audiovisuelle se déplace à Atlanta, Austin, Budapest ou Prague, qui proposent des incitations financières. Séoul, Shanghai ou Copenhague comptent de plus en plus dans la mode.
Par ailleurs, près de 50 théâtres, établissements musicaux, musées et galeries ont fermé depuis 2020, a comptabilisé le Center for an Urban Future, plombés par des coûts (loyers, salaires, assurances...) en forte hausse et concurrencés par le streaming et la vente en ligne.
Même les mastodontes ne sont pas épargnés. Seules quatre comédies musicales lancées à Broadway ces six dernières années ont généré des profits. Le musée Guggenheim et le Met Opera ont annoncé des licenciements ces derniers mois.
- "Capitale mondiale de la création" -
Élu sur un programme axé sur le coût de la vie (dont l'encadrement des loyers), le démocrate Zohran Mamdani, dont l'épouse est illustratrice, s'est rapidement emparé du sujet.
Son responsable des médias et du divertissement, Rafael Espinal, nommé mi-janvier, veut "s'employer à faire que New York demeure la capitale mondiale de la création, non seulement un lieu où de grandes oeuvres voient le jour, mais aussi où celles et ceux qui les produisent peuvent vivre".
Cet ancien élu local démocrate et responsable d'un syndicat de travailleurs indépendants s'est donné pour priorité "les emplois syndiqués bien rémunérés" et "l'accès à la formation, aux opportunités (...) et aux ressources" pour les communautés moins bien représentées.
La présidente démocrate du conseil municipal de New York, Julie Menin, est elle favorable à réserver davantage de logements aux loyers encadrés à des artistes.
Autant de mesures recommandées par le Center for an Urban Future, qui prône également la création d'un grand festival culturel à l'échelle des cinq arrondissements de la ville.
T.Bastin--JdB