Venezuela: l'attaque américaine secoue la rentrée des classes
La spectaculaire attaque américaine ayant conduit à la capture du président Nicolas Maduro a secoué la capitale mais aussi les esprits des plus jeunes, et était omniprésente à la rentrée des classes lundi au Venezuela, entre peurs et traumatismes.
"Je suis vivante, ma famille est vivante, et vous êtes vivantes. Je ne peux pas passer mon temps à penser à (Nicolas) Maduro ni à d'autres gens", dit Maria, 13 ans, élève de 4e, avec ses copines devant le lycée Andres Bello de Caracas.
"Le Venezuela peut s'effondrer, mais ce qui m'importe, c'est le lycée et vous", ajoute-t-elle à ses camarades.
Une des amies de Maria est inquiète : "Je ne sais pas ce qui va se passer. Est-ce que je vais pouvoir étudier?"
Les autorités ont réclamé la "collaboration" des enseignants après l'attaque américaine du 3 janvier, leur demandant d'être à l'écoute.
Les conversations vont bon train à la porte d'entrée, dans les couloirs et dans les salles... Pourquoi Maduro boitait-il à son arrivée à New York ? Le Venezuela est-il en guerre ? Comment va le pays ? Qui dirige...
"Nos enseignants n'entrent pas en classe avec des contenus thématiques tout prêts (...) mais vont plutôt diagnostiquer comment vont nos jeunes", explique à l’AFP Joel Acosta, directeur de l'établissement.
"Nous avons besoin que nos élèves comprennent la situation que nous traversons et que ce n'est facile pour aucun d'entre nous en tant que citoyens vénézuéliens", ajoute-t-il. L'idée est de savoir "comment ils se sentent sur le plan émotionnel".
- "Traumatisant" -
L'affluence a été faible ce lundi. Seul un tiers des élèves sont allés en cours, probablement, estime le directeur, "en raison de la tension que vit le pays".
Les longues files d'attente des premiers jours devant les supermarchés et les stations-service ont disparu, et la vie normale reprend peu à peu, mais avec méfiance.
Les autorités ont fait état de plus de 100 morts lors de l'opération militaire américaine et les bombardements sur la capitale et trois autres Etats voisins.
"Si cela a été difficile pour nous, les adultes, pour eux cela a dû être traumatisant, car c'était un événement tragique", estime Katy Valderrama, professeure de langues.
L'enseignante a choisi de demander à ses élèves d'exprimer par des dessins ce qu'ils ont ressenti le 3 janvier, à l'aube pour ceux qui étaient réveillés, ou le matin lorsqu'ils se sont levés et ont entendu leurs parents en parler.
Aux enseignants, "je demande unité, collaboration et discipline pour protéger nos communautés scolaires", a déclaré dans une vidéo le ministre de l'Education, Hector Rodriguez, quelques jours avant la rentrée. Et aux élèves, il a dit être "à leurs côtés".
Laura, elle, se plaint de l'impact de l'opération... sur ses vacances. "Ce qui m'agace le plus, c'est que le lendemain nous devions aller à la piscine et nous avons dû retourner chez ma grand-mère", raconte-t-elle, frustrée.
Son amie Kelly est d'accord : "Ne m'en parle même pas, je n'ai pas pu aller à la plage!"
T.Bastin--JdB