Journal De Bruxelles - Canicule: le ministre du Travail veut s'inspirer de ce qui se fait en Espagne

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Canicule: le ministre du Travail veut s'inspirer de ce qui se fait en Espagne
Canicule: le ministre du Travail veut s'inspirer de ce qui se fait en Espagne / Photo: Thomas COEX - AFP

Canicule: le ministre du Travail veut s'inspirer de ce qui se fait en Espagne

Horaires condensés, refuges climatiques ou arrêts codifiés, le ministre français du Travail, accompagné des partenaires sociaux, a cherché inspiration mercredi à Madrid pour mieux protéger les travailleurs quand il fait très chaud sans stopper l'activité.

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"L'Espagne sait fonctionner en dépit de températures élevées, donc la réponse n'est pas de tout arrêter, mais de s'adapter", a déclaré Jean-Pierre Farandou, lors d'une conférence de presse avec son homologue espagnole Yolanda Diaz.

Le ministre français veut établir un "cadrage national" à l'issue de ce "voyage d'études", souhaité dès juin quand les premiers épisodes de canicule avaient ouvert un été historiquement chaud en France, et "ensuite demander aux branches et aux secteurs de mettre en place les renforcements nécessaires".

En raison de la proximité de la présidentielle, une "voie législative est plus complexe" à trouver, sans garantie de pouvoir aboutir, a-t-il admis.

"Il ne s'agit pas tant d'imposer des règles rigides que d'adapter la journée de travail aux circonstances de la vie", a expliqué Yolanda Diaz, considérant que la "législation du travail doit être repensée au XXIe siècle pour aborder l'un des grands défis de notre époque, que l'Espagne connaît bien : le changement climatique".

Des représentants de cinq syndicats français et des trois organisations patronales représentatives ont fait le voyage.

"On a vu et on a pu entendre l'expérience espagnole", a expliqué Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT, après la visite d'un chantier à Madrid.

"Les Espagnols ont vraiment de l'avance sur le système français et cette avance, ils l'ont construite par le dialogue social avec les organisations syndicales et patronales et ils l'ont adaptée en fonction des réalités territoriales et des réalités professionnelles", a-t-elle ajouté.

- Journée continue -

"Ce voyage confirme ce que la CGT revendique depuis longtemps : face aux fortes chaleurs et aux intempéries, la France est très en retard", a estimé Sophie Binet, sa secrétaire générale, soulignant l'"urgence à modifier le code du travail pour intégrer les protections qui existent déjà chez nos voisins".

Le nombre de travailleurs dont le décès peut être imputé à la chaleur en France cet été n'a pas encore été communiqué par la Direction générale du travail. La CGT l'estime à une vingtaine. Le syndicat réclame notamment l'inscription de températures de référence dans le code du travail, qui déclencheraient des mesures obligatoires d'adaptation ou d'arrêt d'activité.

En Espagne, la législation prévoit depuis les années 1990 une température maximale de 27°C pour un travail en espace fermé. Un protocole spécial doit également être déployé par les employeurs en cas d'alertes orange et rouge émises par l'agence météorologique nationale, comprenant la modification des horaires si les autres mesures de protection ne suffisent pas.

Dans certains cas, le système de journée continue, de 8H00 à 15H00, peut aussi être appliqué entre juin et septembre.

Ce système dit de "jornada intensiva" ("journée intensive") a été jugé intéressant par Jean-Pierre Farandou, de même que les modalités d'arrêt d'activités qui sont négociées dans des accords collectifs, applicables donc à toutes les entreprises d'un secteur, et le développement de refuges climatiques.

"Le dialogue entre le monde du travail et la société est important", a relevé le ministre français, pour que riverains et usagers acceptent des décalages de travaux en dehors de l'été ou très tôt le matin.

En France, un décret de juin 2025 a renforcé les obligations des entreprises en cas de forte chaleur, comme fournir suffisamment d'eau fraîche, adapter l'organisation du travail ou procurer des équipements adéquats, avec des mesures graduées selon les niveaux de vigilance Météo-France.

Mais selon les syndicats, ces obligations sont insuffisamment respectées dans les entreprises.

Une question qui se pose aussi en Espagne, selon la CGT. "Les syndicats espagnols nous ont rappelé que l'Espagne avait encore beaucoup de progrès à faire, notamment pour garantir la pleine application de ces dispositifs", selon Sophie Binet.

W.Lievens--JdB