Chasse au gaspillage, bouclier tarifaire: Attal promet un plan "massif" sur l'eau s'il est élu
Chasse au gaspillage, bouclier tarifaire, création d'un ministère dédié : face à la sécheresse et aux canicules à répétition, Gabriel Attal promet, dans un entretien à l'AFP, un plan "massif" sur la gestion de l'eau s'il est élu à l'Elysée.
L'ex-Premier ministre et patron de Renaissance se rend lundi dans les Pyrénées-Orientales à la rencontre de viticulteurs confrontés à la pénurie d'eau.
Si vous accédez à l'Elysée, comment comptez-vous mieux gérer la ressource en eau ?
"Avant toute chose, je refuse de laisser ce sujet à la gauche et l’extrême gauche. Ils veulent en faire un objet de décroissance et d’idéologie. Je veux en faire un outil de progrès et d’écologie.
L'été 2026 montre que la maîtrise de l'eau est un enjeu existentiel pour la France : 94% des niveaux des nappes phréatiques sont en baisse, 1.400 cours d'eau sont touchés par des ruptures d'écoulement, 95% des départements métropolitains concernés par un arrêté sécheresse, des centrales nucléaires sont à l'arrêt ou tournent au ralenti.
Si les Français me font confiance, je m'engage à lancer la plus grande chasse au gâchis d'eau jamais menée.
Il faut d'abord travailler sur les réseaux de distribution, sous la responsabilité des communes et intercommunalités.
Un litre d'eau sur cinq se perd dans des fuites, c'est le gâchis du siècle. Je veux lancer un plan massif de résorption de ces fuites avec l'ambition, d'ici à 2035, de récupérer 1.000 milliards de litres d'eau, l'équivalent de 400.000 piscines olympiques.
Pour cela, il faut mieux orienter les crédits vers les réseaux qui ont les rendements les plus faibles. Et, pour les 500 les moins performants, on va proposer à la commune ou l'intercommunalité un diagnostic et un plan de financement clé en main pour engager au plus vite les travaux. Un compteur des litres d'eau ainsi sauvés sera accessible à tous."
Quelles seront vos autres priorités ?
"La non-réutilisation des eaux usées est un autre scandale. L'Espagne réutilise son eau 14 fois plus que nous. Il faut s'en inspirer. En France, il faut, projet par projet, déposer une demande officielle d'autorisation auprès des services de l'État, accompagnée d'un dossier technique et d'une évaluation des risques sanitaires et environnementaux...
Nous devons faire sauter certains freins administratifs pour que l'autorisation devienne automatique si les standards globaux sont respectés. Cela va permettre de signer avec les filières agricoles et industrielles les plus nécessiteuses des contrats de fourniture en eau recyclée pour garantir qu'elles y auront accès sur le long terme quel que soit les évènements climatiques.
Je souhaite aussi mettre en place un plan de récupération systématique de l'eau de pluie sur les bâtiments publics, rendre le sol des parking publics plus perméable et végétalisé afin qu'elle pénètre plus facilement dans les nappes phréatiques."
Une partie du travail n'a-t-elle pas été déjà engagée sous Macron ?
"Si, sur les projets de stockage de l'eau, des choses ont été faites notamment quand j'étais à Matignon. Le projet de loi d'urgence agricole, voté par notre groupe à l'Assemblée, contient aussi des réponses. Mais il faut aller plus loin.
Je vais mettre en place un ministère de l'eau, en étroite relation avec les élus locaux et qui rassemblera d'excellents ingénieurs et techniciens.
Il faut aussi renforcer la réponse judiciaire : violer un arrêté sécheresse sera passible de 3.000 euros d'amende pour un particulier et 15.000 pour une entreprise, le double qu'actuellement.
Par ailleurs, malgré l’ampleur des travaux sur les réseaux, je ne ferai pas subir aux Français d’augmentations trop importantes du prix de l’eau. Garantir un tarif bas et fixe pour les premiers litres essentiels en fonction de la taille du foyer sera l'une de mes priorités. Ce bouclier tarifaire sera destiné aux classes moyennes et populaires pour éviter que leurs factures s'envolent."
Comment allez-vous financer ?
"Majoritairement par des redéploiements de crédits publics existants. Il y en a énormément de disponibles : les 400 millions d'euros du +plan eau+ actuel, les 200 millions du fonds vert ... Mais ils sont trop dispersés, pas orientés vers les grandes priorités. Il faut remettre de l'ordre dans tout cela.
Les investissements les plus lourds seront financés par des prêts à très long terme de la Banque des Territoires. "
Vos détracteurs critiquent votre bilan écologique à Matignon et au Parlement. Que leur répondez-vous ?
"D'un côté, le Rassemblement national ne se préoccupe pas de la question de l'eau -on ne les a entendus que sur la climatisation cet été - et, de l'autre La France insoumise s'est certes emparée du sujet mais pour proposer des mesures qui sont une sorte de cheval de Troie de la décroissance et n'auraient comme effet que d'aggraver les inégalités dans le pays.
Par exemple, le projet d'écorégions porté par Jean-Luc Mélenchon revient à créer des régions riches en eau, des espèces d'émirats hydriques, face à des régions sèches où la ressource sera rationnée.
Je ne suis pas dans l’idéologie mais le concret, le seul à proposer un plan complet et terre-à-terre qui s'attaque à l'ensemble du sujet. On ne peut ni sacrifier l'économie à l'écologie, comme le souhaite une partie de la gauche, ni l'écologie à l'économie, tel que le veulent la droite et l'extrême droite. Les deux vont totalement ensemble."
O.M.Jacobs--JdB