Canicule: la vigilance orange gagne Paris, Matignon face aux critiques, les écoles s'adaptent
La vigilance orange canicule s'étend jeudi à Paris et sa petite couronne face à un épisode de chaleur d'une précocité historique qui pousse le gouvernement à se mobiliser, avec une réunion interministérielle à Matignon, sur fond de critiques de l'opposition et d'associations dénonçant son "impréparation".
Le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit une dizaine de ministres jeudi après-midi à Matignon afin de travailler à un "plan d'endurance" pour l'été, abordant l'état des nappes phréatiques, l'accueil du public ou les risques de feux de forêts.
L'écologiste Marine Tondelier s'est dite "effarée par l'impréparation du gouvernement", dénonçant la baisse du Fonds vert et la lenteur des rénovations scolaires.
"Le gouvernement doit sortir de la gestion de crise au coup par coup et prendre des mesures structurantes, en particulier pour adapter les logements et les écoles aux fortes chaleurs", a exhorté Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat.
En face, Matignon rétorque que la crise est gérée au quotidien et que "toutes les mesures ont été prises".
Météo-France a porté à 17 le nombre de départements en vigilance orange jeudi, dont la capitale, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, en plus de 13 départements de l'ouest. La vigilance sera levée jeudi soir dans la Manche, le Finistère et les Côtes-d'Armor.
Le mercure devrait atteindre 32 à 34°C, et localement 35°C en région parisienne, tandis que des pointes à 38-39°C, inédites pour une fin mai, sont attendues dans le Sud-Est, notamment dans le Languedoc.
- Écoles surchauffées -
Sur le terrain, la chaleur s'invite dans les écoles. A Soustons (Landes), une école élémentaire ferme jeudi et vendredi après-midi après que la température y a atteint 53°C en début de semaine, provoquant "un malaise et des vomissements", selon Florian Deygas, premier adjoint au maire chargé de l'Éducation.
En visite dans une école maternelle du 12e arrondissement de Paris, le maire de la capitale Emmanuel Grégoire a reconnu que la température était élevée dans certaines classes, tout en rappelant que les fermetures d'école relèvent du rectorat. "Il n'y a pas de fermetures d'écoles mais on a une expérience", a-t-il déclaré, évoquant un plan de rénovation chiffré "en centaines de millions d'euros".
"Mon fils est mieux ici qu'à la maison", témoigne Gaëlle, mère d'un garçon en moyenne section placé dans une classe de rez-de-chaussée, parmi les plus fraîches.
Le ministre de l'Education Edouard Geffray a réaffirmé mercredi soir sur France 2 que "pour l'instant, il n'y a pas de menace sur les examens", la "plupart des épreuves" ayant lieu le matin. Un "plan ministériel de gestion des vagues de chaleur" doit être publié jeudi.
A la sortie de l'épreuve de français du baccalauréat professionnel, au lycée Abbé Grégoire dans le 3e arrondissement de Paris, plusieurs candidats de 18 ans ont relativisé l'effet de la chaleur. Livio, 18 ans, en bac pro vente, tee-shirt et bouteille d'eau en plastique vide à la main, raconte avoir "un peu" souffert de la chaleur. "On avait le droit de ramener des bouteilles, et il y avait un peu d'air", ajoute-t-il.
- Pollution à l'ozone -
Cette chape de plomb s'accompagne d'une dégradation de la qualité de l'air, avec des épisodes de pollution critique à l'ozone sur plusieurs régions, comme l'Ile-de-France et Rhône-Alpes. La préfecture de police a annoncé l'entrée en vigueur en Ile-de-France de mesures de restriction, dont la circulation différenciée, de jeudi midi à samedi soir.
Les experts d'Atmo France soulignent le caractère exceptionnel, par son étendue géographique, d'une telle pollution pour un mois de mai, aucune amélioration n'étant attendue avant le week-end.
Cet épisode caniculaire précoce est causé par un "dôme de chaleur" persistant sur l'Europe de l'Ouest, qui bloque l'air chaud venu d'Afrique du Nord. Il a propulsé l'indicateur thermique national à 24,9°C mardi, un niveau inédit, et a déjà provoqué plusieurs décès en France selon le gouvernement.
Partout, les habitants cherchent des îlots de fraîcheur face à un climat qui se réchauffe à un rythme accéléré, les prévisions officielles tablant sur un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici 2050.
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W.Baert --JdB