L'Europe de l'Ouest vit une nouvelle journée de chaleur
De l'Angleterre à l'Italie, une partie de l'Europe vit mardi une nouvelle journée de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai, qui bouscule les habitudes sur un continent qui se réchauffe plus vite qu'ailleurs.
Restrictions au travail en extérieur imposées localement en Italie, plages bondées en France malgré l'absence de secouristes, récoltes précoces pour les agriculteurs... Les températures montent depuis plusieurs jours, entraînant des records au delà des 30°C dès lundi au Royaume-Uni et en France, où la journée de lundi a été la plus chaude jamais enregistrée pour un mois de mai.
Paris a recensé mardi matin "sept décès" liés à l'épisode dont "au moins cinq noyades". Deux personnes ont perdu la vie emportées par le courant sur la côte atlantique, alors que beaucoup de plages n'ont pas encore de surveillants de baignade comme en été, et deux autres sont mortes en faisant du sport, selon le gouvernement.
"On se croirait en Espagne", dit l'Irlandaise Chloe O'Brien Cuminsky, étudiante en école d'infirmière de 23 ans, croisée lundi dans un parc de Londres, près du palais de Buckingham.
Lindy Brand-daloze, 66 ans, Australienne qui vit à Londres depuis 12 ans, ne se souvient pas d'une telle chaleur en mai: "J'espère que la jeune génération prend vraiment ça à bras le corps et change ses habitudes. Mais quand on voit les dirigeants du monde entier qui s'en fichent totalement, c'est vraiment inquiétant".
Le phénomène est dû à l'afflux d'air chaud en provenance d'Afrique du Nord qui se retrouve piégé sous les hautes pressions d'un puissant anticyclone. Selon le consensus scientifique, le changement climatique d'origine humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes comme les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations plus intenses.
- "Dôme de chaleur" -
Conséquence de ce "dôme de chaleur", le mercure est monté pour la première fois jusqu'à 34,8°C lundi à Kew gardens, parc botanique du sud-ouest de Londres. Il a ainsi dépassé de 2°C le précédent record pour un mois de mai, qui remontait à 1944, loin des 17 ou 18°C correspondant aux normales.
"Une telle chaleur serait exceptionnelle au Royaume-Uni en plein milieu de l'été", a souligné le Met Office, qui s'attend à des températures similaires mardi avant un retour autour des 20°C en fin de semaine seulement.
L'Irlande a également atteint des températures inédites en mai avec 28,8°C dans le sud.
En France, le prévisionniste a déclenché dans la nuit une vigilance orange canicule, le deuxième niveau d'alerte sur trois, pour huit départements de l'ouest, du jamais vu si tôt dans l'année.
Et la vague de chaleur va se renforcer mardi, avec des pointes à 36°C attendues dans ces départements. Elle devrait durer jusqu'à la fin de la semaine, selon la même source.
Les fortes températures pèsent particulièrement sur certaines professions. "Ce n'est pas adapté du tout, ni pour les patients ni pour nous", déplore mardi matin Katou Blaise, 57 ans, aide-soignante aux urgences de l'hôpital de Rennes (nord-ouest), qui évoque l'absence de ventilateurs.
"On reçoit énormément de personnes âgées en déshydratation", souligne-t-elle, insistant sur des conditions de travail "hyper compliquées".
- Pollution -
Certains agriculteurs ou arboriculteurs ont avancé certaines récoltes et les vignerons s'attendent à des vendanges précoces.
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu présidera jeudi une réunion interministérielle sur cette canicule qui fait craindre par ailleurs une pollution à l'ozone.
À Paris, la température a dépassé lundi 33°C sur les courts de tennis de Roland-Garros. Le regard dans le vide et le visage en sueur, le Norvégien Casper Ruud, victime d'un coup de chaud, a demandé à recevoir des soins au début du 4e set, avant de se qualifier pour le 2e tour du tournoi.
En Espagne, les services météorologiques prévoient des "nuits tropicales généralisées" dans le sud-ouest à partir de mercredi et un pic entre mercredi et vendredi avec des maximales de 36-38°C.
En Italie, dans la région du Latium, qui comprend Rome, une réglementation limitant le travail "avec exposition prolongée au soleil" entre 12H30 et 16H00 a été adoptée lundi. En vigueur jusqu'au 15 septembre, cette règle avait été mise en place l'an dernier le 30 mai.
Un rapport publié fin avril par le service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM) rappelait que depuis les années 1980, "l'Europe s'est réchauffée deux fois plus vite que la moyenne mondiale" et que les "vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et graves" sur au moins 95% du territoire européen.
X.Lefebvre--JdB