Menacés par le changement climatique, les campings cherchent à s’adapter
Réception surélevée, lodges sur pilotis et cabane surplombant la Charente qui a débordé en février: ce camping de Charente-Maritime, situé comme près de 2.000 autres dans une zone à risque, tente de s'adapter au changement climatique.
"Je n'avais jamais vu l'eau monter aussi vite", se remémore Jean-Christophe Doreau, gérant du camping Belle-Rivière à Chaniers, deux mois après les inondations qui avaient touché près de 1.500 maisons dans la commune voisine de Saintes.
"Ça a été violent. Je suis gérant depuis 2020 et j'ai connu des crues en 2021, 2023 et 2026. Mon prédécesseur était moins embêté. On voit qu'il y a une accélération du dérèglement climatique."
Après le premier épisode, le professionnel avait déjà repensé le fonctionnement de ses hébergements insolites et de ses 80 emplacements pour campings-cars et caravaning. "Tout est perché. J'ai surélevé, déplacé, utilisé du bois imputrescible, misé sur un système à mi-chemin entre la tente et le mobil-home que je peux remorquer pour stocker ailleurs l'hiver", poursuit-il.
Malgré ces précautions, les inondations de février ont provoqué des dégâts irréversibles. Une roulotte, deux chalets, une cabane dans les arbres et une guinguette sont inutilisables.
Pour effectuer les travaux et le nettoyage, Jean-Christophe Doreau a "recruté deux personnes à temps plein" et décalé l'ouverture du 1er avril au 1er mai.
- "Réduire la vulnérabilité" -
Des foodtrucks et un chapiteau remplacent désormais la guinguette. "Il faut adapter l'outil au fur et à mesure !", souligne-t-il.
Sur les 7.400 campings français, près de 2.000 sont situés en zones à risque (submersions, incendies, inondations, érosion) et concentrent à eux seuls la moitié de la fréquentation, selon un rapport de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air (FNHPA) sur l'adaptation du secteur au changement climatique, paru en novembre.
Un camping sur quatre est ainsi exposé à un risque d'inondation, un sur cinq aux feux de forêt. Les projections en 2050 font également état de 117 campings menacés par le seul recul du trait de côte.
Sur le littoral Atlantique, à Soulac-sur-Mer (Gironde), des bungalows d'un camping ont dû être déplacés cet hiver selon le journal Sud Ouest et un autre établissement a refait et prolongé l'empierrement protégeant ses mobil-homes les plus proches de la côte.
Sur le bassin d'Arcachon, les cinq campings brûlés lors des incendies de 2022 sont, eux, menacés de disparition dans une à deux décennies par le recul de la dune du Pilat, sous l'effet de l'érosion éolienne.
En 2100, trois départements (Vendée, Charente-Maritime, Hérault) compteraient chacun plus de 100 campings affectés.
La FNHPA recense déjà la disparition de "1.600 campings en 25 ans, avec une accélération au cours des dernières années".
- Difficultés pour s'assurer -
"Il faut absolument s'adapter dès maintenant pour réduire la vulnérabilité, en aménageant l'intérieur des établissements avec des étages, des constructions sur pilotis. Ou en relocalisant. Mais dans la majorité des cas, la législation ne le permet pas", explique Nicolas Dayot, le président de la fédération.
C'est pourquoi le rapport comprend plusieurs propositions pour renforcer la résilience du secteur, notamment la création d'un régime dérogatoire pour faciliter l'adaptation ou la relocalisation.
"Si l'on perd les campings, c'est l'effondrement du littoral français dans lequel le tourisme est le secteur économique le plus important", prévient le responsable. Avec plus de 141 millions de nuitées touristiques, l'hôtellerie de plein air place la France au premier rang européen et au deuxième rang mondial en capacité d'accueil.
L'augmentation des aléas pèse en outre sur la capacité des professionnels à être assuré, alors que "la soutenabilité financière" du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles "est fragilisée par les effets du changement climatique", selon un récent rapport de la Cour des comptes.
"Logiquement, les assurances réduisent leur nombre d'activités trop exposées aux risques prévisibles. Les franchises atteignent parfois des montants colossaux et ceux qui ne peuvent pas payer sont contraints de fermer", souligne Nicolas Dayot.
A Chaniers, le montant de la franchise du camping s'élève ainsi à 200.000 euros, selon Jean-Christophe Doreau.
X.Maes--JdB