Crue au Népal: "le risque augmente" d'en voir d'autres, prévient l'auteur d'un rapport de l'ONU
La crue dévastatrice dans l'Himalaya montre que "le risque augmente" de voir des phénomènes du même type se produire en raison de la fonte accélérée des glaciers, prévient le co-auteur d'un rapport de l'ONU dans un entretien avec l'AFP, pressant les États de "redoubler d'efforts" en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
"Nous devons réagir immédiatement face au dépassement imminent" du seuil de 1,5°C de réchauffement, affirme Carl-Friedrich Schleussner, l'un des auteurs d'un rapport du programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP) publié mercredi, en référence à la limite la plus ambitieuse de l'accord de Paris en 2015, qui devrait être dépassé "probablement au cours des prochaines années" selon ce rapport.
REPONSE - Nous devons encore comprendre en détail les facteurs à l'origine de ce phénomène, mais ce que nous pouvons affirmer avec certitude c'est que le changement climatique est à l'origine de la disparition des glaciers à travers le monde. Sur l'ensemble de la perte de masse des glaciers mondiaux depuis les années 1970, plus de 40% s'est produite au cours de la seule dernière décennie.
Avec cette accélération de la disparition des glaciers, le risque augmente d'événements similaires, car nous déstabilisons ces glaciers. À terme, de tels événements peuvent avoir des conséquences dévastatrices.
R - On observe une augmentation du nombre de lacs adjacents aux glaciers, car l'eau issue de la fonte, en fonction de la topographie, peut former des lacs près de la base des glaciers.
On constate partout dans le monde que les lacs glaciaires s'étendent de manière considérable. Il existe alors un risque réel de multiplication des crues soudaines provoquées par la rupture de lacs glaciaires, en raison de la déstabilisation soit du glacier lui-même, soit des zones montagneuses environnantes, car nous parlons ici de très hautes altitudes.
On observe également la fonte du pergélisol et d'autres phénomènes susceptibles de déclencher un événement soudain: un gros bloc de débris ou de glacier peut se détacher et tomber dans le lac, provoquant une crue.
R - Nous devons réagir immédiatement face au dépassement imminent du seuil de 1,5°C, non seulement en raison des inondations au Népal, mais aussi des phénomènes extrêmes que nous avons observés partout dans le monde ces deux derniers mois.
Nous passons des vagues de chaleur aux feux de forêt, puis aux crues soudaines provoquées par la rupture de lacs glaciaires. Un phénomène El Niño s'annonce à présent. Nous poussons donc véritablement à leurs limites la résilience de nos systèmes.
Nous savons que nous ne sommes pas préparés à ce qui nous attend. Nous devrons agir sur deux fronts: redoubler d'efforts et nous adapter à cette situation. Et nous devrons réduire les émissions (de gaz à effet de serre, ndlr) dès que possible, car c'est le seul moyen de ralentir le changement climatique. Car nous réchauffons la planète à un rythme record.
R - Il s'agit d'un type d'événement aux conséquences très importantes, mais qui, malheureusement, n'est toujours pas suffisamment compris pour nous permettre d'évaluer et de cerner réellement les risques.
Dans le même temps, il est important de préciser que ces risques persistent évidemment partout où l'on observe une fonte rapide des glaciers, ce qui est notamment le cas en Amérique du Sud, mais aussi au "troisième pôle", soit la région de l'Himalaya, du Karakoram et du Pamir, car c'est là que se trouvent d'immenses glaciers. En aval, ces zones sont densément peuplées.
Les réservoirs d'eau de l'Himalaya sont aussi indispensables pour approvisionner en eau douce des milliards de personnes. Toute modification significative de cet approvisionnement en eau douce aura des conséquences énormes.
A.Thys--JdB