La canicule ne faiblit pas, la France épinglée par le Haut conseil pour le climat
Des incendies qui se poursuivent, des températures au plus haut, des habitudes de vie chamboulées: la France, épinglée par le Haut conseil pour le climat (HCC), demeure sous la canicule jeudi.
Au total, 72 départements sont désormais placés en vigilance orange canicule, soit cinq de plus que mercredi. Seuls une frange nord-est, l'extrême sud-est, le Nord-Bretagne et des départements d'altitude (Lozère, Haute-Loire et Hautes-Alpes) y échappent encore.
Mais "les fortes chaleurs gagnent du terrain vers le nord et l'est", a prévenu Météo France jeudi matin, et "l'extension" de ces départements à l'orange est "probable".
Il s'agit du troisième épisode caniculaire en moins de deux mois.
Alors que des records ont été battus mercredi - 40,5°C à Marseille, 41,4°C à Canet-en-Roussillon, 41°C à Sète - "les températures minimales sont généralement en hausse" jeudi, atteignant souvent les 19 à 22°C".
Et "l'après-midi, on garde globalement les mêmes valeurs que la veille, souvent comprises entre 35 et 39°C, jusqu'à 40-41°C près des côtes du Languedoc-Roussillon", tandis que sur le nord-est "les températures maximales amorcent une hausse, comprises souvent entre 32 et 36°C".
Il y a peu d'espoir d'en finir rapidement: le phénomène en effet se "prolonge très probablement jusqu'au week-end prochain au moins".
Comme Josy Rongione, 82 ans, il vaut donc mieux se lever tôt pour bouger les jambes : "marcher une ou deux fois par semaine sur les bords du Rhône", à Lyon, "c'est agréable, ça remet les idées en place et ça permet de ne pas être confiné en permanence".
Elle ne s'habitue pas à ces chaleurs, même si la température dans son appartement, dans un immeuble ancien, reste "supportable". "J'ai vécu des périodes où on avait de bons étés, on ne parlait pas de clim, on vivait très bien, le soir on papotait dehors. Mais pas ces chaleurs suffocantes. Là, il y a peu d'endroits frais", regrette-t-elle auprès de l'AFP.
Gérante avec son mari d'une poissonnerie au marché des Capucins de Bordeaux, Camille Arrivé multiplie les achats de sacs de glace "pour ne pas casser la chaîne du froid", même si "ça pèse sur les dépenses".
- Sécheresse et incendie -
Preuve immédiate de l'état de sécheresse des terrains, le front des incendies reste actif, alimenté aussi par le vent qui ne faiblit pas. Au-dessus de Die (Drôme), dans une zone escarpée difficile d'accès, le feu qui a démarré le 2 juillet a légèrement progressé dans la nuit, passant de 2.800 à 3.000 hectares parcourus.
A Saint-Georges-les-Bains, en Ardèche, de l'autre côté du Rhône, 140 pompiers luttent encore pour maîtriser un incendie qui a démarré mardi et parcouru 120 hectares. La préfecture a lancé un appel aux entreprises pour "faciliter la mobilisation des sapeurs-pompiers volontaires".
En raison d'un feu de végétation, celui-là même contre lequel luttait un jeune pompier décédé mercredi en Savoie, environ 4.000 à 4.500 personnes sont actuellement bloquées dans le village-station de Pralognan-la-Vanoise (moins de 700 habitants à l'année), selon la maire Martine Blanc. La route d'accès ne devrait pas être rouverte pour le week-end, estime l'élue.
En revanche "la situation du feu s'améliore de jour en jour" dans les Pyrénées-Orientales, a indiqué jeudi la préfecture, où les habitants de neuf communes évacuées pourront réintégrer leurs logements à partir de 18H00.
Soulagement aussi près de Bourges, où le feu de forêt qui menaçait l'usine d'armement KNDS a été fixé mercredi soir.
Préventivement, deux villages de Côte-d'Or qui partagent leur ressource en eau, Quincy-le-Vicomte et Quincerot, ont aussi décidé d'acheminer par citerne de l'eau potable "car le réservoir était passé en dessous des 50% de sa capacité", explique la mairie de Quincy.
C'est dans ce contexte tendu que le HCC a alerté jeudi la France sur ses politiques climatiques "insuffisantes", jugeant "urgent" de "changer d'échelle" pour faire face aux impacts "dangereux" du changement climatique.
D.Mertens--JdB