BCE: statu quo attendu sur les taux, la France au coeur des inquiétudes
La Banque centrale européenne devrait laisser ses taux directeurs inchangés jeudi, malgré une inflation persistante, tandis que les turbulences sur la dette française devraient s'inviter au cœur des discussions.
Selon le consensus des économistes, le taux de dépôt devrait rester fixé à 2,5%, après deux relèvements décidés cette année pour contenir les pressions inflationnistes alimentées principalement par la hausse des prix de l'énergie dans le contexte des tensions au Moyen-Orient.
La réunion intervient alors que les taux d'emprunt français évoluent à des niveaux inédits depuis plus de vingt ans, ayant passé la semaine dernière la barre de 5% pour la première fois depuis 2002, avant de revenir à 4,94% mercredi.
Ces tensions reflètent les inquiétudes des investisseurs sur les finances publiques françaises, le débat autour du budget 2027 et la polarisation de la société, le tout à l'approche de l'élection présidentielle.
L'écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à dix ans est remonté au-delà de 1,5 point de pourcentage, ce qui ne s'était pas vu depuis l'automne 2011.
Mais cette remontée des rendements offre aussi un répit à la BCE. En renchérissant le coût du crédit pour les ménages et les entreprises, elle produit des effets comparables à ceux d'un relèvement des taux directeurs.
Cette poussée des taux français nourrit aussi les craintes d'une contagion à d'autres pays de la zone euro.
Les marchés s'interrogent sur le moment où la BCE pourrait être contrainte d'agir, soit en injectant davantage de liquidités dans le système financier, soit en actionnant son "Instrument de protection de la transmission" (TPI).
Ce dernier, créé en 2022 et qui n'a jamais été utilisé, permet en théorie d'acheter massivement des obligations souveraines afin d'enrayer des tensions excessives sur certains marchés.
Pour l'heure, une telle éventualité paraît éloignée.
- "Volonté politique limitée"-
"Les moyens d'enrayer l'envolée des taux de rendement sur la dette française doivent être d'abord trouvés en France", a récemment martelé la présidente de la BCE Christine Lagarde.
La tâche s'annonce délicate. Selon Michel Martinez, chef économiste Europe au sein de Société Générale CIB, "stabiliser durablement la dette (française) nécessiterait un excédent primaire d'environ 2 à 2,5% du PIB, contre un déficit primaire proche de 2,8% actuellement".
"La volonté politique de mener un redressement durable paraît aujourd'hui limitée", ajoute-t-il.
De son côté, la BCE "cherchera à en dire le moins possible afin d'éviter d'attiser les inquiétudes des marchés et de souligner que le seuil requis pour toute intervention est très élevé", estime de son côté Oliver Rakau, économiste d'Oxford Economics.
La décision de l'institution de Francfort va intervenir après celle de la Réserve fédérale américaine, qui a comme attendu observé mercredi le statu quo après sa hausse de septembre.
Si la France monopolise l'attention, elle n'est pas la seule source d'inquiétude pour les banquiers centraux.
L'environnement économique se complique également en zone euro. L'indice PMI composite de la région a reculé de 53,1 en septembre à 51,9 en octobre, son plus bas niveau en quatre mois, alimentant les craintes d'un ralentissement plus marqué de la croissance.
Une autre raison pour ne pas durcir le cap monétaire tient à la situation autour du détroit d'Ormuz, qui pourrait évoluer après les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre, avec une éventuelle reprise des frappes américaines contre l'Iran.
"La BCE pourrait préférer attendre d'y voir plus clair", estime Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.
La plupart des économistes continuent de tabler sur une dernière hausse des taux en décembre, lorsque l'institut monétaire disposera de nouvelles prévisions de croissance et d'inflation.
Christine Lagarde devrait enfin être interrogée jeudi sur son avenir, alors que les spéculations sur un départ anticipé avant l'échéance de son mandat en octobre 2027 ont été ravivées ces dernières semaines.
R.Vandevelde--JdB