Journal De Bruxelles - La Fonderie de Bretagne liquidée, faute de repreneur

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La Fonderie de Bretagne liquidée, faute de repreneur
La Fonderie de Bretagne liquidée, faute de repreneur / Photo: Fred TANNEAU - AFP/Archives

La Fonderie de Bretagne liquidée, faute de repreneur

Clap de fin pour Fonderie de Bretagne. Soixante ans après sa création par Renault et après l'échec de sa reprise par Europlasma, le site industriel du Morbihan qui compte 244 salariés, a été placé jeudi en liquidation, la CGT dénonçant "un drame humain et industriel".

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"La perspective du licenciement économique de l'ensemble des salariés marque le terme tragique d'un gâchis industriel qui aurait pu et dû être évité", a déclaré le délégué CGT Maël Le Goff à la sortie du tribunal de commerce de Lorient, devant des salariés.

S'exprimant au nom de son syndicat et des élus du personnel, il a désigné comme "responsables de cette faillite le groupe Renault et l'État français".

Même condamnation du côté de Jean-Luc Mélenchon. "La liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne est une calamité industrielle entièrement due à la politique du gouvernement", a réagi le candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle, en réclamant "une nationalisation temporaire" pour sauver le site et les emplois.

Ancienne filiale du constructeur automobile Renault, FDB avait été placée en redressement judiciaire début juillet pour cessation de paiement.

Le site, qui produit des pièces en fonte pour les suspensions et les échappements, avait été repris il y a un peu plus d'un an par Europlasma, qui voulait diversifier la production avec la fabrication de corps creux pour des obus de mortier.

Mais selon la CGT, le groupe n'a jamais versé l'intégralité des sommes promises et la production de FDB, interrompue après un incendie en janvier 2026, n'a pas réellement repris.

En milieu de journée, près de 200 personnes — des fondeurs, résignés, rejoints par des lycéens de la ville — s'étaient rassemblés dans le calme près du tribunal, a constaté l'AFP. Un feu de détritus brûlait sur la chaussée.

Après l'annonce de la liquidation, les salariés, dont certains ont versé des larmes, se sont mis en route pour le site de Caudan afin de "se voir une dernière fois".

- "En sursis" -

Éric Guyomard, délégué CGT, les larmes aux yeux, dit "avoir la rage". "Cela fait vingt ans que je suis là, au bureau d'études. J'ai fait mon apprentissage. Aujourd'hui c'est un membre de la famille que j'ai perdu".

"Je suis triste, mais ça fait tellement longtemps qu'on est en sursis", a réagi Sébastien Grous, 49 ans, dont 27 dans l'usine, qui prévoit de devenir "éboueur pour le côté sportif et les horaires".

La liquidation de Fonderie de Bretagne représente "un coup très dur pour les salariés et leurs familles", a déclaré le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard. "Notre première responsabilité est d’être à leurs côtés, pour les aider (...) à retrouver des perspectives d’emploi", a-t-il promis, dans un communiqué.

Depuis plusieurs années, FDB connaissait des difficultés.

Elle avait été vendue par Renault en 2022 au fonds d'investissement allemand Callista Private Equity, au terme d'une longue lutte sociale. Mais Renault était resté son principal client, à hauteur de 95% du chiffre d'affaires en 2024, refusant toutefois de s'engager sur des commandes futures.

"Pendant des années, le groupe Renault a orchestré l'asphyxie économique de son site historique breton", a dénoncé Maël Le Goff, accusant le constructeur d'avoir "évincé les autres clients historiques" et d'avoir fait "le choix de la sous-traitance à bas coûts" avec des fournisseurs à l'étranger.

"La CGT dénonce fermement la complicité de l'État, actionnaire de référence du groupe Renault", a ajouté le syndicaliste.

Quand Europlasma avait à son tour repris l'entreprise en avril 2025, il s'était engagé à investir sur le site de Caudan 15 millions d'euros sur trois ans.

Repreneur en série de sites industriels en difficulté, Europlasma a suscité critiques et interrogations sur sa stratégie. Les dirigeants du groupe, qui détient notamment Valdunes et Forges de Tarbes, avaient notamment été auditionnés par la commission d'enquête parlementaire sur la "prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs".

Europlasma, basé dans les Landes, a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025, plus du double de l'exercice précédent.

B.A.Bauwens--JdB