Journal De Bruxelles - L'UE veut s'inspirer de l'Irlande pour accélérer dans la course à l'IA

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L'UE veut s'inspirer de l'Irlande pour accélérer dans la course à l'IA
L'UE veut s'inspirer de l'Irlande pour accélérer dans la course à l'IA / Photo: JONATHAN NACKSTRAND - AFP/Archives

L'UE veut s'inspirer de l'Irlande pour accélérer dans la course à l'IA

L'Union européenne veut rattraper son retard dans l'intelligence artificielle, en s'inspirant de l'Irlande qui déroule le tapis rouge aux opérateurs de centres de données, en dépit de critiques grandissantes au sein de la population locale.

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Le gouvernement irlandais, qui exerce la présidence tournante de l'UE, organisait mercredi à Dublin un Sommet international de l'IA pour démontrer le rôle qu'il entend jouer dans cette révolution technologique.

Bruxelles, tout en voulant réguler étroitement le secteur pour réduire les risques, veut mettre les bouchées doubles pour tenter de rattraper le retard du continent face aux Etats-Unis et à la Chine dans cette révolution qui transforme l'économie mondiale.

Avec un mot d'ordre partagé avec Dublin: "appliquer l'IA" à travers les différents secteurs économiques, publics et privés, pour renforcer une croissance européenne en manque de compétitivité.

Selon des chiffres officiels, en 2025, environ 20% de l'ensemble des entreprises de l'UE utilisaient des technologies d'IA, un taux qui grimpe à 55% pour les plus grandes.

Mais ces usages sont relativement simples, et "l'Europe n'abrite actuellement que 5 % de la capacité de l'ensemble des centres de données dans le monde, alors que les Etats-Unis en ont approximativement 75 %, et la Chine 15 %", explique à l'AFP Andrea Renda, directeur de recherche au sein du groupe de réflexion CEPS, basé à Bruxelles.

L'UE a lancé une stratégie pour réduire l'écart, notamment en finançant des "giga-usines d'IA", de vastes centres de données mis à la disposition des entreprises et laboratoires de recherche.

"Mais construire des capacités de traitement de données n'est pas suffisant", estime Andrea Renda, qui estime qu'il faut "une forte ambition politique" pour impulser le changement.

Bruxelles assure y travailler et a missionné un responsable du groupe Siemens pour encourager les industriels à intégrer l'IA dans leurs processus, dans le cadre de son programme "Apply AI" (Appliquer l'IA).

"Nous devons rendre l'IA réelle, pour notre compétitivité, et pour nos industries", a résumé lors du sommet Henna Virkkunen, la vice-présidente de la Commission européenne, chargée du Numérique.

Avec "Apply AI", "l'idée est d'identifier les freins, les obstacles, et les motivations pour conduire cette transformation", décrypte Andrea Renda.

Mais Apply AI a "zéro budget" spécifique, rappelle-t-il, même si la Commission a annoncé qu'elle y consacrerait un milliard d'euros issus d'autres programmes.

L'Irlande entend servir d'exemple pour accélérer ce mouvement.

- Demande de moratoire -

"Nous avons été aux avant-postes de toutes les vagues technologiques ces dernières décennies, et ce sera le cas pour celle-ci", a assuré le Premier ministre Micheal Martin au Sommet, en dévoilant une stratégie nationale visant à faire de son pays "une économie modèle pour l'IA appliquée".

Le pays est devenu depuis plusieurs décennies la porte d'entrée en Europe pour les géants du numérique, en particulier les groupes américains, grâce notamment à sa fiscalité attractive et à sa position géographique favorable.

L'Irlande compte aussi parmi les taux d'usages de l'IA les plus élevés au sein de l'UE, et a développé une série d'initiatives pour développer cette technologie, notamment en encourageant l'implantation de centres de données.

Non sans essuyer des critiques sur les limites de cette stratégie.

Outre le fait qu'elle s'appuie largement sur des prestataires étrangers (alors que l'Europe entend renforcer sa souveraineté technologique), la multiplication des projets de centre de données, moteurs des services d'IA, sollicite fortement le réseau énergétique du pays, et provoque des mouvements de contestation locaux.

Selon l'office national des statistiques, le CSO, ces centres ont accaparé l'an dernier 23% de la consommation d'électricité du pays, soit autant que le courant utilisé par l'ensemble des foyers irlandais.

Un record mondial, souligne Patrick Bresnihan, chercheur à l'Université de Maynooth.

Pourtant, ces infrastructures n'emploient que 3.300 personnes en tout, a-t-il souligné à l'AFP, lors d'un "contre-sommet" organisé il y a quelques jours.

"Nous avons besoin d'un moratoire en Irlande", pour "qu'on se donne le temps de réfléchir à une stratégie industrielle plus verte et progressiste", plaide-t-il.

Neil Bennett, ancien traducteur, a témoigné de ses mésaventures lors de ce contre-événement.

Son métier ayant été décimé par l'intelligence artificielle, il est "passé du côté obscur" en se faisant embaucher dans la tech comme opérateur de données. Mais il a vite déchanté, son nouveau travail ayant été remplacé à son tour... par l'IA.

F.Dubois--JdB