Macron reçoit les candidats à sa succession ou leur bras droit sur des crises qui risquent de "durer"
Face à une "dégradation rapide" de la situation géopolitique et des prix du carburant "devenus insupportables", Emmanuel Macron a entamé vendredi une réunion confidentielle à l'Elysée avec les principaux candidats à la présidentielle ou leur bras droit.
Le président de la République et les services de renseignement "nous disent en substance que le scénario d'un règlement rapide des conflits" en Ukraine et au Moyen-Orient "n'existe plus, et que ces conflits risquent de s'enliser et que donc la crise risque de durer", a déclaré le candidat communiste Fabien Roussel à la sortie, alors que la réunion se poursuivait avec les autres participants au bout de deux heures.
Il a rapporté avoir demandé à Emmanuel Macron et au gouvernement "d'agir" pour "baisser les taxes" sur l'énergie.
C'est la même demande formulée à son arrivée par le président du Rassemblement national Jordan Bardella: "accepter une baisse des taxes sur les carburants" pour répondre aux "souffrances" de "la France qui travaille".
Emmanuel Macron doit s'exprimer, et répondre à des questions de la presse, à l'issue de la réunion.
La candidate du RN Marine Le Pen, favorite dans les sondages mais en déplacement sur le terrain, a laissé son chef de parti la représenter, comme celui de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui a dépêché Manuel Bompard.
Les autres principaux candidats sont présents, parfois au prix d'un déplacement écourté: Edouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains), Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste) et Marine Tondelier (Les Ecologistes).
- "Eclairer le débat" -
Cette dernière a estimé à son arrivée que les "sujets de préoccupation" à l'ordre du jour étaient "révélateurs de ce que les écologistes disent depuis des décennies" sur la nécessité de réduire les "dépendances énergétiques envers la Russie" et "le Moyen-Orient".
Olivier Faure a lui mis en garde contre toute "dramatisation" ou "mise en scène" visant à permettre "l'adoption d'un budget", alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a proposé jeudi un effort de 54 milliards d'euros pour 2027.
L'Elysée a justifié la réunion par "la dégradation rapide ces derniers jours de la situation internationale", afin d'évoquer "les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et leurs conséquences en France sur la sécurité et l'énergie".
Le président Macron est flanqué des chefs du renseignement, des autorités militaires et du directeur général de l'énergie, pour partager avec ceux qui ambitionnent de lui succéder aux manettes de l'Etat "des informations confidentielles dont seul le président dispose", explique une source au sein de l'exécutif.
Il veut par cette réunion rappeler à l'opinion que la flambée des prix de l'essence est due à la situation internationale, alors qu'on estime dans son entourage que cette idée est moins présente qu'au printemps quand la guerre faisait rage en Iran.
Il entend aussi "éclairer le débat" de la campagne, glisse un conseiller, afin que les promesses des uns et des autres tiennent compte de la réalité et de la "complexité" de la situation - une manière de laisser entendre en creux que ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui.
Le chef de l'Etat espère enfin montrer son activisme, alors même que l'absence de majorité présidentielle au Parlement et l'approche de sa fin de mandat l'ont rendu moins audible.
Les blocages du détroit d'Ormuz, dans le Golfe, et plus récemment du détroit de Bab-el-Mandeb, en mer Rouge, "ont des conséquences directes sur notre quotidien", a rappelé Emmanuel Macron jeudi sur le réseau X.
"Les Français les subissent à la pompe, avec des prix devenus insupportables", a-t-il ajouté, au lendemain d'un appel à la "mobilisation" du gouvernement pour garantir l'approvisionnement en pétrole et faire baisser la pression sur les prix.
Au sommet de l'Etat, on surveille en effet avec une certaine appréhension la colère sociale face à cette inflation énergétique, et les appels à la mobilisation pour le mois d'octobre, en essayant de scruter les possibles ressemblances avec le mouvement des "gilets jaunes" qui avait terni, en 2018, le début de la présidence Macron.
La multiplication des attaques "hybrides" en Europe, imputées par les Européens à la Russie, sera aussi à l'ordre du jour de la rencontre.
D.Verheyen--JdB