Journal De Bruxelles - Vortex, le pari franco-allemand sur le vol habité européen

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Vortex, le pari franco-allemand sur le vol habité européen
Vortex, le pari franco-allemand sur le vol habité européen / Photo: Ludovic MARIN - POOL/AFP/Archives

Vortex, le pari franco-allemand sur le vol habité européen

Avec Vortex, présenté comme un succès de la coopération franco-allemande, Dassault Aviation et OHB se positionnent dans la course au vol habité : cet avion spatial réutilisable pourrait à terme transporter des astronautes, en alternative aux capsules, si l'Europe finance sa nouvelle ambition.

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L'Europe s'est fixé comme priorité de développer ses propres capacités du vol habité la semaine dernière lors du premier sommet international sur l'espace à Paris, dans un contexte de remise en question de la coopération spatiale avec les Etats-Unis sur certains programmes d'exploration.

Vortex "est tout à fait prévu aussi pour le vol habité", a déclaré Markus Moeller au cours d'une rencontre avec l'association des journalistes de l'aérospatial AJPAE.

OHB, acteur majeur des satellites européens, a rejoint en mai 2026 Vortex, lancé par Dassault Aviation au Salon du Bourget en juin 2025.

Ce projet a reçu la semaine dernière le soutien de l'Etat français.

- Revanche dans l'espace -

Avec Vortex, Dassault et OHB trouvent un nouveau terrain de coopération franco-allemande, après l'abandon en juin 2026 du Scaf, projet du futur d'avion de combat européen, en raison des divergences industrielles entre Dassault qui représentait la France et Airbus qui représentait l'Allemagne.

"Il y a deux compétences qui se rejoignent" et les PDG de ces groupes familiaux "s'entendent très bien", selon Markus Moeller.

"Il n'y a pas d'ostracisme vis-à-vis des Allemands de la part de Dassault. Ce qu'on n'a pas réussi à faire sur le Scaf, j'espère qu'on arrivera à le faire sur le Vortex", avait déclaré en mai le PDG de Dassault Eric Trappier.

Dassault apporte son expertise aéronautique et l'architecture de l'avion, tandis qu'OHB prend en charge la partie spatiale : le vol orbital, la navigation, les communications et le logiciel de pilotage.

OHB apportera également son expertise en matériaux capables de résister aux températures extrêmes, indispensable pour assurer la rentrée dans l'atmosphère.

Le projet doit commencer par un démonstrateur à échelle réelle destiné à tester la rentrée atmosphérique, les matériaux soumis aux très hautes températures et l'atterrissage.

Cette première étape est prévue en 2028. Un prototype destiné à devenir l'engin opérationnel est envisagé pour 2031.

- Epreuve du financement -

Le calendrier d'un éventuel vol habité reste en revanche indéterminé et dépendra des moyens que l'Agence spatiale européenne (ESA) décidera d'y consacrer, ont estimé les responsables d'OHB.

La miniconférence ministérielle de l'ESA prévue le 15 décembre à Rome devrait "donner des orientations", estime Alain Bories, conseiller du PDG d'OHB.

"Le vol habité en soi est très compliqué parce qu'il faut prendre tellement de précautions", souligne Markus Moeller en estimant que le développement des stations spatiales privées pourrait créer un besoin durable de présence humaine en orbite basse.

Vortex se veut une alternative aux capsules spatiales avec un engin capable de rentrer dans l'atmosphère et de se poser sur une piste de manière pilotée et programmée.

"Avec une capsule, on a certainement une solution qui a ses avantages, mais on pilote moins bien les zones d'atterrissage et les récupérations", expliquent les responsables d'OHB.

"Quand vous ramenez de l'espace des objets qui sont très chers, notamment des cristaux, l'atterrissage en douceur est à privilégier", a-t-il ajouté.

Alors que le président français Emmanuel Macron a fixé à l'Europe l'objectif d'envoyer ses propres astronautes dans l'espace d'ici dix ans, le sommet spatial de Paris a permis de poser les premiers jalons industriels de cette ambition, avec la capsule cargo Nyx et Ariane 6, toutes deux appelées à évoluer vers le vol habité.

La capsule cargo européenne Nyx de The Exploration Company - un autre exemple de coopération franco-allemande - effectuera fin 2028 sa première mission vers la station spatiale internationale (ISS) à bord d'une fusée Ariane 6, dans le cadre d'un contrat de 760 millions d'euros signé jeudi avec l'Agence spatiale européenne (ESA).

Le directeur général de l'ESA, Josef Aschbacher, a chiffré à 10 milliards d'euros sur 10 ans l'investissement nécessaire à l'Europe pour obtenir son indépendance spatiale.

La ministérielle de Rome, où les ministres des Etats membres de l'ESA se réuniront pour examiner les moyens disponibles pour les vols habités, montrera dans quelle mesure ils sont prêts à financer cette ambition.

A.Martin--JdB