L'hypothèse d'un gel partiel des retraites de nouveau dans le débat
Le gouvernement a remis sur la table l'hypothèse d'un gel partiel des pensions des retraités les plus aisés, en vue de dégager des économies dans le prochain budget. L'idée n'est pas nouvelle, et très sensible politiquement.
- BALLON D'ESSAI ?
Jeudi dernier, le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a estimé que "la question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, méritait d'être posée", à condition de "préserver les retraités les plus modestes".
Le mécanisme de sous-indexation consiste à revaloriser les pensions de retraite de base à un niveau inférieur à celui de l'inflation, contrairement à ce qui est normalement prévu dans la loi.
Ce dispositif peut être ciblé sur les pensions de retraite les plus élevées.
Du fait de l'inflation, les pensions de retraite de base ont été revalorisées de quelque 15% entre janvier 2022 et janvier 2026.
- UNE IDEE RECURRENTE
Le sujet n'est pas nouveau et figure dans de nombreux rapports. En juillet, le comité de suivi des retraites (CSR) a réitéré sa préconisation de 2025 de sous-indexer les pensions pour revenir à l'équilibre du système.
Avant lui, la Cour des comptes a aussi critiqué l'indexation des pensions sur l'inflation, jugée coûteuse.
L'an dernier, le gouvernement de Sébastien Lecornu avait déjà tenté de geler ces pensions afin de dégager près de 3,6 milliards d'euros, mais avait dû renoncer face à l’opposition du Parlement.
Même la proposition plus modérée de Michel Barnier, qui consistait en un report de six mois de la revalorisation des retraites, avait largement contribué à la fronde du RN et de la gauche qui avait conduit à la censure de son gouvernement.
- QUEL GAIN ECONOMIQUE ?
La mesure pourrait faire économiser plusieurs milliards d'euros -jusqu'à 6 - selon les seuils retenus et le choix d'une sous-indexation ou d'une désindexation totale. Le seuil de 3.000 euros brut mensuels a circulé, sans aucune confirmation officielle.
"Si on a un seuil élevé, on ne touchera effectivement que des retraités aisés mais du coup ça rapportera peu, si on a un seuil bas ça rapportera plus mais ça touchera finalement des retraités pas si aisés que cela", résume Patrick Aubert, économiste à l’Institut des politiques publiques.
Quoi qu'il en soit, ne pas revaloriser une partie des pensions de retraite en 2027, alors que l'inflation en 2026 est attendue en hausse, proche de 2%, pourrait permettre de générer d'importantes économies.
En 2024 par exemple, l’institut économique OFCE avait chiffré à 3,4 milliards d’euros économisés le report de six mois préconisé par Michel Barnier.
En juillet, le CSR a estimé qu’une sous-indexation de deux points au total d’ici à 2030 permettrait de ramener à l’équilibre le système de retraites à cette date, au lieu du déficit de 6,8 milliards actuellement anticipé par le Conseil d’orientation des retraites (COR). Il faudrait toutefois, selon le CSR, "donner de la visibilité" aux retraités pour éviter des comportements d’épargne nuisibles au contraire aux finances publiques.
- SUJET HAUTEMENT SENSIBLE
Politiquement, le sujet est inflammable. Les retraités votant beaucoup plus que les actifs, toucher aux pensions peut provoquer la colère de cet électorat clé.
L'ancien commissaire européen Thierry Breton, dont le nom circule au centre pour l'élection présidentielle, s'est dit opposé à une désindexation partielle, jugeant que l'exécutif devait "assumer" la suspension de la réforme des retraites.
Le député socialiste et candidat déclaré à la présidentielle Jérôme Guedj n'a de son côté pas fermé la porte, à condition qu'elle s'intègre dans un effort plus large ciblant également les héritages, les "niches sociales" des entreprises et les géants de l'intelligence artificielle.
"La moyenne des retraites est plutôt à 1.710 euros donc on est en train de tenter toujours la même recette en essayant de baisser les niveaux de pensions en commençant par, entre guillemets, les plus hautes pour ensuite s'attaquer à toutes les pensions", a fustigé auprès de l'AFP Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT.
Contrairement à une idée reçue, "le pouvoir d'achat des retraités est en baisse depuis plusieurs années en raison notamment de la désindexation déjà effective des retraites complémentaires", souligne Michael Zemmour, économiste et chercheur associé à Sciences Po.
"La seule catégorie de retraités qui ont vu leurs revenus protégés sont ceux avec du patrimoine", ajoute-t-il. "Si l'idée est de faire contribuer cette catégorie de population, il serait plus efficace de cibler directement ces revenus", selon lui.
Y.Niessen--JdB