L'auteur présumé de l'attentat contre un cortège syndical à Munich face à son verdict
"Les gens volaient comme au bowling" : Un an et demi après l'attaque ayant fait deux morts et environ quarante blessés dans un cortège syndical dans une rue de Munich, l'accusé, un réfugié afghan, doit connaître jeudi son verdict.
Le tribunal régional supérieur de Munich livrera ses conclusions à partir de 11H30 (9H30 GMT).
Fin juillet, le parquet fédéral allemand a requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité ainsi que la reconnaissance de la gravité particulière de la faute, ce qui compliquerait une libération anticipée au-delà du seuil incompressible de 15 ans, à l'encontre de Farhad N., âgé de 24 ans au moment des faits.
Outre les deux meurtres, l'instruction a finalement retenu comme chefs d'accusation une tentative de meurtre dans 22 cas, lésions corporelles graves dans 19 cas et simples blessures chez trois victimes.
La défense a elle plaidé pour 15 ans de prison et un placement en hôpital psychiatrique.
Ce jour-là, le 13 février 2025, la capitale bavaroise se barricadait pour accueillir les dirigeants du monde entier venus pour la Conférence sur la sécurité (MSC). Et l'Allemagne entrait dans la dernière ligne droite d'élections législatives.
Au matin, environ 1.400 personnes défilaient dans une rue du centre-ville à l'appel du syndicat des services Verdi. Au volant d'une BMW Mini, le jeune Afghan dépasse les cinq véhicules de police escortant le cortège, accélère et fonce délibérément sur la foule.
- "Rétribution justifiée" -
"C'était comme au bowling: les gens ont été projetés à gauche et à droite", ont cité dans leur réquisitoire les procureurs de Karlsruhe, reprenant l'un des nombreux témoignages. L'acte de ce Munichois était "orienté vers la destruction de vies humaines", ont-ils aussi dit.
Une femme de 37 ans, originaire d'Algérie et qui travaillait comme ingénieure pour la ville de Munich, et sa fille de deux ans ont été projetées "sur environ dix mètres" par la collision, selon l'acte d'accusation que l'AFP a pu consulter.
Elles sont décédées deux jours plus tard.
L'accusé a réussi à parcourir 23 mètres jusqu'à ce que son véhicule se retrouve immobilisé, "ses roues avant perdu le contact avec le sol du fait des personnes se trouvant devant et sous la voiture".
Les autorités avaient rapidement établi l'"orientation islamiste" et la "motivation religieuse" du suspect, qui avait crié "Allah Akhbar" (Dieu est le plus grand) et prié au moment de son arrestation.
Arrivé à 15 ans en Allemagne comme mineur non accompagné, cet adepte du body-building, dont le titre de séjour avait été renouvelé, était considéré comme "parfaitement intégré" jusqu'à sa radicalisation en dehors de toute structure, sous l'influence de religieux afghans visionnés sur les réseaux sociaux dans les mois avant l'attaque, selon le tribunal.
Jugeant les pays occidentaux "responsables des souffrances de la population musulmane en Afghanistan et au Moyen-Orient", le réfugié estimait devoir "tuer des personnes choisies au hasard en Allemagne", avaient indiqué les enquêteurs.
L'attentat étant en ce sens une "rétribution justifiée", avaient souligné les procureurs pour qui des peurs diffuses, notamment la solitude et la colère contre sa famille restée en Afghanistan, ont joué dans le déclenchement de l'acte.
Des experts ont certes relevé des problèmes psychiques chez l'accusé, mais pas assez marqués pour constituer une psychose ou diminuer sa responsabilité pénale.
- Du carburant pour l'AfD -
Commis quelques jours avant les élections législatives, l'attentat n'avait fait qu'exacerber les débats sur l'immigration et favorisé la rhétorique du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), arrivé deuxième du scrutin avec un score historique de 20%.
Quelques jours avant Munich, une attaque au couteau commise par un Afghan contre un groupe d'enfants dans un parc d'Aschaffenbourg, également en Bavière, avait bouleversé le pays.
L'attentat contre Verdi suivait aussi de près une autre attaque à la voiture-bélier, commise contre le marché de Noël de Magdebourg et pour laquelle un psychiatre saoudien réfugié en Allemagne a été condamné fin juin à la perpétuité.
Ces dernières semaines, le centre-ville de Leipzig et la marche des fiertés de Berlin ont également été la cible d'attaques commises avec une voiture, la deuxième avec une probable motivation islamiste.
Des centaines de milliers de Syriens et d'Afghans ont trouvé refuge en Allemagne, la plupart durant la crise migratoire de 2015, lorsque la chancelière d'alors, Angela Merkel, ouvrit les portes du pays.
Mais les problématiques d'intégration, notamment sécuritaires, ont amené ses successeurs à un durcissement de la politique migratoire, malgré les besoins de main d'œuvre étrangère d'un pays à la population vieillissante.
D.Verstraete--JdB