Journal De Bruxelles - Gaz lacrymogènes : des femmes témoignent de troubles menstruels après les manifestations

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Gaz lacrymogènes : des femmes témoignent de troubles menstruels après les manifestations
Gaz lacrymogènes : des femmes témoignent de troubles menstruels après les manifestations / Photo: Matthieu RONDEL - AFP/Archives

Gaz lacrymogènes : des femmes témoignent de troubles menstruels après les manifestations

Crampes menstruelles, saignements anormaux ou abondants : des milliers de femmes témoignent de troubles de leur cycle menstruel après avoir été exposées à du gaz lacrymogène lors des récentes manifestations, mais des professionnels de santé restent prudents sur un éventuel lien.

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Le 17 octobre, journée de mobilisations sociales en France, où des violences sont survenues en marge des cortèges, du gaz lacrymogène est monté jusque dans l'appartement d'Amina, 39 ans, donnant sur la place de la République, à Paris.

Très vite, elle ressent "nausées, forte migraine" et deux jours plus tard "des crampes menstruelles qui (lui) rappelaient (ses) contractions d'accouchements", raconte-t-elle à l'AFP. "Ça ne m'arrive jamais d'avoir de si fortes douleurs et ça a duré plusieurs jours", ajoute cette cadre dans la tech.

Créé le 8 octobre pour sensibiliser aux risques d'exposition au gaz lacrymogène sur le cycle menstruel, le collectif "Lacrymos de sang" a reçu plus de 8.000 témoignages similaires.

Via un questionnaire en ligne, des femmes rapportent des "crampes utérines douloureuses", des "douleurs ovariennes" ou des "saignements anormaux", explique Eva-Luna Tholance, militante pour la justice reproductive et créatrice du collectif.

"On veut interpeller les institutions et surtout la communauté scientifique car il y a un vide scientifique autour du sujet", dénonce-t-elle.

Le gaz lacrymogène utilisé en France est principalement composé de 2-chlorobenzylidène malononitrile (CS), connu pour ses effets irritants (yeux, peau, nez, gorge, poumons) qui disparaissent généralement en quelques minutes.

Mais depuis plusieurs années, des recherches, menées au Chili ou au Bahreïn notamment, suggèrent un potentiel effet du CS sur la santé reproductive.

- Déficit d'études -

Aux Etats-Unis, deux enquêtes menées auprès de personnes exposées à des gaz lacrymogènes, notamment lors des manifestations du mouvement antiraciste "Black Lives Matter" en 2020, montraient que plus de la moitié, voire deux tiers, des femmes présentaient des troubles gynécologiques.

Cependant, la plupart de ces données reposent sur des propos déclaratifs d'un faible nombre de personnes, parfois anonymes, et le lien de causalité avec l'exposition aux gaz n'est pas démontré.

En France, Alexander Samuel, enseignant et docteur en biologie moléculaire, s'est penché sur les effets indésirables du CS après les manifestations des gilets jaunes.

Selon lui, en se dégradant dans l'organisme, le CS peut former du cyanure susceptible d'"occasionner des effets proches d'un manque d'oxygène", ce qui pourrait perturber le cycle menstruel.

"C'est une hypothèse de travail qu'il faut encore vérifier", précise-t-il, appelant les autorités à créer "une structure dédiée pour surveiller les effets du CS sur la santé" et "produire des données".

Faute d'études et de transparence des fabricants sur la composition des gaz lacrymogènes, "les effets à long terme sur la santé d'une exposition au CS restent mal connus", relevait aussi un article de la revue médicale indépendante Prescrire en octobre 2025.

Interrogée sur la vague de témoignages mettant en cause les gaz lacrymogènes, la direction générale de la santé (DGS) n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

- "Principe de précaution" -

Pour d'autres professionnels de santé, les troubles rapportés par des femmes pourraient s'expliquer par le contexte "multifactoriel et hautement anxiogène" des récentes manifestations, avance Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes.

"On sait que l'anxiété ou des traumatismes peuvent avoir un impact sur le cycle menstruel", détaille-t-elle.

De même, le Dr Jérôme Langrand, directeur du centre antipoison de Paris, pointe le rôle du "stress aigu" dans les perturbations décrites et déplore un "raccourci" les attribuant au gaz lacrymogène. Selon lui, "dans un contexte de manifestations", les troubles du cycle menstruel ne sont "pas du tout inattendus".

Si le stress est "un facteur de risque", il n'y a pas "une relation de cause à effet systématique", souligne toutefois Sophia Rakrouki, sage-femme, regrettant la tendance à "tout rejeter sur le stress", en particulier à propos des douleurs des femmes.

L'autrice de "Le grand guide de la fertilité" appelle à ne pas "balayer" ces témoignages et à poursuivre les recherches car "les femmes méritent qu'on s'y intéresse".

De son côté, la députée Mathilde Hignet (La France insoumise) a demandé au gouvernement, sur Instagram le 22 octobre, d'interdire l'usage des gaz lacrymogènes, "au nom du principe de précaution".

"La protection de la santé publique impose de ne pas attendre que l'ensemble des effets nocifs de ces substances soit définitivement établi pour agir", plaide-t-elle.

J.M.Gillet--JdB