Accueil nocturne en toute discrétion pour la tapisserie de Bayeux à Londres
En pleine nuit, à l'arrière du British Museum à Londres, un camion jaune anonyme s'arrête, précédé par une escorte de police. Un caisson doublé d'une cage métallique en est extrait avec précaution: il renferme un trésor médiéval, la tapisserie de Bayeux.
L'opération de transfert, très délicate, a été entourée de secret. Le moment est historique: la célèbre broderie du XIe siècle, narrant la conquête d'Angleterre par Guillaume le Conquérant, n'avait jusqu'alors jamais été prêtée par la France.
Peu avant 03H00 (02H00 GMT) vendredi, le véhicule parti la veille en fin de journée de Bayeux et transportant la tapisserie franchit le portail situé à l'arrière du British Museum.
Le directeur du musée, Nicholas Cullinan, en gilet réfléchissant, serre la main de l'ambassadrice de France Hélène Duchêne. Un petit groupe de journalistes, dont l'AFP, est là pour immortaliser la scène.
"C'est quelque chose de très spécial d'assister à l'arrivée de la tapisserie de Bayeux, et surtout de la voir revenir sur nos côtes pour la première fois depuis probablement un millénaire", commente Nicholas Cullinan, saluant un "moment unique". "Nous sommes extrêmement reconnaissants envers la France (...) d'avoir rendu cela possible", déclare-t-il à l'AFP.
Selon le British Museum, de nombreux spécialistes jugent probable que la tapisserie ait été brodée par des femmes dans la région de Canterbury, dans le sud-est de l'Angleterre.
- "Très émouvant" -
Cette œuvre "fait partie intégrante de l'histoire britannique, quelque chose que nous connaissons tous, que nous apprenons tous, mais que beaucoup de gens n'ont sans doute jamais vu", indique encore le directeur du musée.
"D'une certaine manière, on pourrait dire qu'elle est de retour chez elle. Mais l'année prochaine, elle rentrera vraiment chez elle, lorsqu'elle reviendra à Bayeux", ajoute-t-il.
"C'est un moment très émouvant", juge aussi Hélène Duchêne, saluant le travail entre les équipes britanniques et françaises pour cette arrivée qui constitue une "prouesse technique".
Elle se dit "très heureuse" de voir la tapisserie à Londres. "Certains pensent qu'elle a été faite en France, certains pensent qu'elle a été faite à Canterbury parce qu'il y avait des ateliers. Je crois qu'on ne sait pas, mais voilà, c'est une longue histoire et on est là plutôt pour écrire la suite", estime l'ambassadrice de France au Royaume-Uni.
La tapisserie va encore rester enfermée quelques jours dans sa caisse pour s'acclimater, avant de pouvoir être déballée, explique Millie Horton-Insch, la commissaire de l'exposition qui se tiendra au British Museum à partir du 10 septembre, jusqu'au 11 juillet 2027.
Longue de 68,3 mètres et constituée de neuf panneaux en lin reliés, elle sera pour la première fois installée à plat et non fixée au mur comme cela est le cas dans son cadre habituel en Normandie.
Les premiers billets pour l'exposition londonienne ont été pris d'assaut dès leur mise en vente début juillet.
W.Baert --JdB