Journal De Bruxelles - Les vautours, nouvelle crainte des éleveurs basques et béarnais

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Les vautours, nouvelle crainte des éleveurs basques et béarnais
Les vautours, nouvelle crainte des éleveurs basques et béarnais / Photo: Gaizka IROZ - AFP/Archives

Les vautours, nouvelle crainte des éleveurs basques et béarnais

Des dizaines de vautours fauves qui s'envolent, laissant derrière eux la dépouille d'un veau : pour une éleveuse du Pays basque, l'épisode vécu dans son exploitation au printemps est le signe d'une nouvelle prédation, que réfute l'Office français de la biodiversité.

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Le 17 mai dernier, les rapaces s'en prennent à l'animal qui vient de naître, séparé de sa mère. Armés de bâtons, l'éleveuse de 41 ans et son mari se ruent vers eux mais à leur arrivée, le veau n'a déjà plus d'yeux et un trou sur le flanc.

Selon elle, le veau venait de se mettre sur ses pattes et cette "attaque" de plusieurs dizaines de vautours s'est produite "en un quart d'heure".

Une autre, plus violente, est survenue en 2023. "Les vautours se sont posés sur le dos de ma vache qui venait de mettre bas, tandis que d'autres au sol en séparaient le veau avec leurs ailes. C'était sordide", souffle l'éleveuse, toujours inquiète à l'idée de faire face à ces volatiles de plus de 2,50 m d'envergure.

Dans toute la chaîne des Pyrénées, une soixantaine "d'interactions négatives" entre vautours et bétail ont été relevées, dont moins d'une vingtaine dans les Pyrénées-Atlantiques, indique Ludovic Lubet, animateur du Plan national d'actions (PNA) Vautour fauve et activités d'élevage chapeauté par l'Office français de la biodiversité (OFB). Lancé en 2017, il s'achève dans trois mois.

En 2024, les Pyrénées comptaient 1.557 couples reproducteurs, soit 50% de la population française, dont 1.220 dans les Pyrénées-Atlantiques, contre 300.000 couples recensés dans l'Espagne voisine.

Ces oiseaux nécrophages (qui se nourrissent quasi exclusivement de cadavres) peuvent s'en prendre à des animaux "en détresse ou moribonds" mais pas en pleine santé, souligne le technicien de l'OFB.

- "Changement de comportement" -

Difficile de constater, a posteriori, l'état initial de l'animal dévoré. "Il faudrait des images pour prouver que mon veau était vivant mais comment voulez-vous filmer la scène sans rien faire ? Pourquoi notre parole ne suffit pas ?", déplore Annick Veschembes.

À Domezain où elle est installée depuis six ans, l'éleveuse constate un "changement de comportement" des vautours. "Vers avril, mai, il y en six ou sept qui arrivent entre 11h et 13h tous les jours, c'est flagrant, ils prospectent dans les champs alentour."

Persuadée qu'ils "attaquent", elle a changé sa façon de travailler dans son élevage extensif de plein air et rentre désormais les bêtes qui doivent mettre bas.

Le nombre des rapaces a fortement augmenté entre 2012 et 2019 avant de connaître une hausse plus ralentie, selon l'OFB qui publiera en décembre un rapport sur les dix ans du plan d'actions. "Ils sont plus nombreux donc ils vont prospecter plus loin, et donc en plaine", explique Ludovic Lubet, dans des zones où ils avaient disparu et où le comportement de cet animal parfois "effrayant" est "mal compris" selon lui.

Pour beaucoup d'éleveurs et de représentants agricoles, ces animaux ont "faim". Une idée que le technicien bat en brèche en assurant de la "disponibilité alimentaire" sur le territoire.

- Population "très fragile" -

"Je comprends tout à fait le choc, une curée de 50 à 100 vautours, c'est très bruyant, c'est impressionnant", assure-t-il. Mais la population de vautours dans les Pyrénées arrive "à son maximum parce que les sites de nidification les plus propices sont tous occupés".

Le syndicat ELB, affilié à la Confédération paysanne, a demandé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques d'autoriser les tirs d'effarouchement, à l'image de l'arrêté dérogatoire pris dans l'Aveyron où le préfet les a autorisés entre le 1er mars et le 15 novembre cette année, comme en 2025.

Le syndicat, tout comme la FDSEA, souhaite aussi une "révision du statut de protection du vautour", jugeant que "la population actuelle ne justifie plus une protection absolue au détriment de l'activité humaine et pastorale".

Ludovic Lubet pointe cependant le "succès reproducteur" très faible du vautour fauve, avec 0,5 jeune pour un couple. De quoi rendre leur population, qui repose uniquement sur des adultes, "très fragile" selon lui.

X.Maes--JdB