Attentat raciste des Yvelines : l'assaillant au tribunal en vue de sa mise en examen par un juge antiterroriste
Le suspect de l'attentat raciste dans les Yvelines qui a fait un mort et sept blessés a été transféré dans la nuit de mercredi à jeudi au tribunal judiciaire de Paris, en vue de son éventuelle mise en examen par un juge d'instruction antiterroriste, a appris l'AFP de source proche du dossier.
Le procureur de la République antiterroriste Olivier Christen doit s'exprimer devant la presse jeudi à 11H00 au tribunal.
Lundi, il avait expliqué que Kévin T., 39 ans, "ne conteste pas la matérialité des faits" mais dément "le caractère raciste de ses crimes".
Vendredi matin, à bord de sa voiture, cet habitant des Yvelines, inconnu des services de renseignement, a abattu un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo, Pengo Bossio Wangi, et a blessé sept autres personnes, dont plusieurs d'origine africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière.
Trois étaient toujours hospitalisées lundi, dont une ayant son pronostic vital toujours engagé. Celui de la fille de 11 ans, grièvement blessée, ne l'est plus depuis dimanche.
Les analyses réalisées sur Kévin T. ont révélé "la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang" au moment de l'attaque, d'après le Parquet national antiterroriste (Pnat), qui a précisé que son casier judiciaire faisait apparaître quatre anciennes condamnations, la dernière en 2012.
D'après une source proche de l'enquête, il était traité pour de la schizophrénie.
- Appartement piégé -
Avant son périple sanglant, Kévin T. a piégé son appartement situé à Plaisir (Yvelines) avec des bouteilles de gaz et des fils électriques connectés à un minuteur. Un dispositif "de nature à détruire l'appartement et à endommager les appartements adjacents", selon Olivier Christen.
Dans sa Renault Clio, ont été découverts "un pistolet mitrailleur de marque Sten, calibre 9 mm, ainsi que plusieurs éléments d'armes et de munitions, en particulier des chargeurs et un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes, un brassard Police", a-t-il détaillé.
Un exemplaire du livre d'Adolf Hitler, "Mein Kampf", a été retrouvé chez lui, tout comme une Bible et un Coran, d'après une source proche du dossier.
Selon une autre source proche du dossier, cet ouvrier dans l'automobile, célibataire, s'était radicalisé à l'extrême droite ces dix dernières années, "en mettant tout sur le dos des Arabes et des Noirs".
Sa garde à vue a repris lundi après-midi après avoir été interrompue pour raisons psychiatriques. Le nouvel examen psychiatrique mené lundi a montré que "Kévin T. ne présentait pas de symptômes de décompensation aiguë, ni de signes directs ou indirects en faveur d'une activité hallucinatoire ou délirante", selon M. Christen.
Il a été transféré au tribunal sitôt sa garde à vue achevée, peu après minuit, a précisé à l'AFP la source proche.
- Hommage national -
L'attentat a créé une onde de choc en France et enflammé le débat politique.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu, en région parisienne notamment, en soutien aux victimes et pour "dénoncer la banalisation de la haine raciste".
"Que justice soit faite", a imploré mercredi soir la mère de Ramatou, l'enfant grièvement blessée, lors d'un rassemblement, selon une vidéo de Brut. Elle a remercié notamment la jeune femme "très courageuse" qui "a mis sa vie en danger pour venir aider (sa) fille", et a salué "l'élan de solidarité" qui a entouré leur famille.
Un "hommage national", présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, sera rendu prochainement.
"Puisse la force de cet hommage de la Nation conduire notre pays à retrouver le chemin de la concorde", a souhaité le maire de Trappes Ali Rabeh.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé lundi que Kévin T. "était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça", dénonçant "un attentat terroriste raciste".
Interrogé mercredi sur la chaîne YouTube HugoDécrypte à propos des responsables d'un climat parfois raciste qui a pu favoriser cet attentat, le chef de l'État Emmanuel Macron a estimé qu'il y avait "des mouvements politiques qui ont laissé s'installer cela à l'extrême droite", citant le RN et "ceux qui leur sont proches".
Le RN a répondu jeudi par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy que c'était le président, "très problématique", qui avait laissé prospérer "des idéologies haineuses".
D.Mertens--JdB