Lecornu annonce des couvre-feux "localisés" après les scènes de chaos du week-end
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé lundi la mise en place de couvre-feux "localisés" pour protéger les commerces après les pillages et les violences constatés dans plusieurs villes le week-end dernier, l'exécutif, sous forte pression, étant accusé d'avoir gravement sous-estimé la mobilisation.
Le "bordel" est "très localisé sur des centres urbains", a estimé Sébastien Lecornu, à l'issue d'une cellule interministérielle de crise.
En conséquence, il a déclaré avoir "demandé aux préfets de déclencher un certain nombre de couvre-feux pour ce soir".
La carte de ces couvre-feux devrait être communiquée dans l'après-midi, mais ils seront "localisés" et "partiels", a prévenu le Premier ministre. "Il n'est pas question de mettre tout Paris sous couvre-feu, ça n'a pas de sens."
Il a écarté pour l'heure l'instauration d'un état d'urgence, mais s'est dit prêt à le faire "si c'est nécessaire".
Les chiffres de la mobilisation sont vertigineux: au moins 550.000 manifestants samedi, 2.331 gardes à vue, des dizaines de placements en détention provisoire, près d'un millier de membres des forces de l'ordre et des manifestants blessés, selon les autorités.
Et "au moins 3.000 commerces" ont été touchés par des dégradations ou des pillages ce week-end, a annoncé le ministre Serge Papin, poussant le gouvernement à mettre en place de mesures de chômage partiel dès mardi ainsi qu'un "fonds de soutien spécifique".
D'autres manifestations sont prévues. La coordination de gilets jaunes a annoncé un "acte II" samedi, avant des mobilisations le 31 octobre et le 5 novembre. Lundi, des étudiants ont aussi bloqué l'accès au musée du Louvre.
- Mea-culpa -
Qui est responsable des violences?
Pour l'opposition, le gouvernement et les forces de l'ordre ont mal préparé les manifestations et mal réagi aux débordements.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a proposé sa démission dimanche et fait son mea-culpa le lendemain, en reconnaissant une "perte de contrôle" dans certaines villes.
Mais Emmanuel Macron a choisi de le conserver au gouvernement pour assurer la continuité et lui a demandé de déployer une nouvelle doctrine de maintien de l'ordre. M. Nuñez a promis qu'"un certain nombre de mesures pour endiguer, empêcher d'agir les casseurs pilleurs" allaient être instaurées "dès ce (lundi) soir".
"On va encore renforcer les effectifs de police et de gendarmerie sur le terrain, et notamment ce week-end", a ajouté le ministre, qui a exclu la remise en cause de la tenue de matches de foot, notamment PSG-Barcelone mardi.
Emmanuel Macron, qui a entamé lundi une tournée dans le Golfe pour sécuriser des approvisionnements en carburant, avait tenté de répondre aux inquiétudes dimanche soir par une allocution solennelle qui a réuni 16,7 millions de téléspectateurs. Mais faute d'annonce majeure, elle n'a pas calmé les critiques.
A six mois de la présidentielle, la crise a forcément pris un tour politique.
La gauche lui reproche de rester sourd aux revendications des manifestants, tandis que la droite lui réclame davantage de fermeté.
Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a lié les violences à une "forme de pourrissement de ce mouvement social organisé par le gouvernement".
Si l'exécutif reconnaît des failles, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a épinglé La France insoumise qui porterait "une responsabilité morale et politique dans les violences".
"L'ultragauche est le cancer de notre démocratie", a abondé le président du RN Jordan Bardella en conférence de presse.
Dans la même veine, Sébastien Lecornu a accusé le "mouvement de l'ultragauche" de vouloir semer "un désordre profond" et "même remettre en cause le calendrier de l'élection présidentielle et la tenue de l'élection présidentielle".
En réponse, le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon a exprimé son "étonnement" et dit n'avoir "pas entendu qui que ce soit parler de cela".
- Trump s'en mêle -
Plusieurs responsables politiques ont pointé le rôle des réseaux sociaux dans les violences, comme Gabriel Attal qui a plaidé pour leur "blocage temporaire" là où se déroulent des émeutes.
L'Association des maires de France (AMF) appelle, elle, à des rassemblements "à partir de midi" devant les mairies pour dénoncer les "attaques graves portées contre les institutions démocratiques".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger : le président américain Donald Trump a écrit que "la France brûle", estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.
L'UE, de son côté, a dénoncé les pillages et incendies tout en appelant la France à "protéger" le droit à manifester pacifiquement.
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G.Lenaerts --JdB