Ouganda: derniers hommages au "plus jeune roi" du monde, la succession en toile de fond
"Nous avons un nouveau roi": plusieurs milliers de personnes se sont réunies samedi pour rendre un dernier hommage au défunt roi traditionnel d'Ouganda, Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, qui fut le plus jeune monarque du monde, sur fond de lutte pour la succession.
Roi du Toro, l'un des quatre principaux royaumes traditionnels réunis à la fin du XIXe siècle dans le protectorat britannique de l'Ouganda, le roi Oyo est décédé fin août aux Etats-Unis d'un cancer, à 34 ans. Couronné à l'âge de trois ans, il était considéré, au moment de son décès, comme le plus jeune roi régnant au monde par le Guinness des Records.
La cérémonie a eu lieu dans l'enceinte de la cathédrale Saint-Jean de la ville de Fort Portal, dans l'ouest de l'Ouganda. La Première ministre Robinah Nabbanja et le chef de l'armée de terre ougandaise, le général Kayanja Muhanga, étaient présents à la cérémonie.
Le cercueil du monarque était surmonté d'un drapeau jaune et bleu, les couleurs du royaume. Une photo du défunt, assis sur son trône, était posée sur le cercueil.
"Il avait le don de faire rire les gens", a salué la princesse Ruth Komuntale, soeur du roi défunt, toute de noire vêtue, lunettes de soleil sur le nez, la voix éraillée de sanglots. "Il savait toujours comment égayer ma journée", a-t-elle poursuivi.
Les larmes aux yeux, la reine mère Best Kemigisa a rendu hommage à son fils, un homme "joyeux et bon".
"Nous avons désormais un nouveau roi pour le royaume de Toro: Edward Rukidi Kijanangoma. Nous avons tout accompli dans le respect de la culture et des traditions de Toro. Nous devons tous préserver la paix et la sérénité", a de son côté déclaré Omusuuga Charles Karumasi, chef du clan royal Babiito qui détient l'autorité traditionnelle suprême sur les questions relatives aux lignées royales, à la succession et aux affaires familiales.
"Une fois la question du nouveau roi des Batoro résolue, nous serons heureux de collaborer avec lui, tout comme nous l'avons fait avec son altesse Oyo", a affirmé le président ougandais Yoweri Museveni, selon un texte lu lors de la cérémonie par le vice-président du Parlement, Thomas Tayebwa, avant de poursuivre: "J'appelle les Batoro à recourir à des moyens pacifiques et légaux pour régler cette affaire et à privilégier l'unité plutôt que la division".
- Tombes royales -
Car depuis la mort du monarque, les divisions sur son héritier sont apparues au grand jour.
Mercredi, un comité de sélection du clan royal Babiito a annoncé avoir choisi le prince Edward Rudiki Kijanangoma, un présentateur du journal de la télévision publique UBC, pour succéder au défunt Oyo, son cousin, comme lui petit-fils de feu Omukama (roi) George David Rukidi III (1928-1965). Ce dernier doit être couronné dans la soirée.
Ce choix a été dans la foulée contesté par la princesse Ruth Komuntale, qui a accusé "des vautours diaboliques" de s'être réunis "dans le dos" de la reine mère et d'elle-même "pour annoncer un nouveau roi".
Jeudi, la reine mère Best Kemigisa avait accusé le chef de l'armée de terre ougandaise, originaire du Toro, d'avoir "fait retirer les gardes royaux" du palais et "déployé des soldats" autour du bâtiment.
A l'indépendance de l'Ouganda en 1962, les royaumes traditionnels avaient conservé certains pouvoirs au sein de la nouvelle république. Ceux-ci avaient ensuite été abolis par la Constitution de 1967 que le président Milton Obote (1966-1971, 1980-1985) fit adopter pour renforcer son pouvoir.
La Loi fondamentale de 1995, adoptée sous l'actuel président Yoweri Museveni, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 1986, a rétabli certains de leurs pouvoirs, toutefois limités aux affaires traditionnelles ou culturelles.
Plusieurs milliers de personnes se sont également réunies pour accompagner le cercueil le long de la route qui relie la cathédrale et le site des tombes royales du royaume de Toro, situé à environ quatre kilomètres.
Dans la soirée, après les funérailles, Edward Rukidi Kijanangoma doit officiellement prendre la suite du défunt roi, en menant symboliquement une armée pour attaquer le palais du royaume de Toro, destituer Omusuuga Charles Karumasi, qui fait office de régent, et s'emparer du trône par la force.
A.Parmentier--JdB