Xi et Poutine louent leur alliance lors d'un sommet régional au Kirghizstan
Les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping ont loué lundi la relation entre Moscou et Pékin en amont d'un sommet au Kirghizstan d'un bloc régional qui entend contrebalancer l'influence occidentale mais dont plusieurs États membres traversent des crises majeures.
Les dirigeants iranien Massoud Pezeshkian et turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que les Premiers ministres indien Narendra Modi et pakistanais Shehbaz Sharif sont aussi présents à Bichkek, la capitale de ce pays d'Asie centrale, pour le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui se déroule jusqu'à mardi.
"La coopération stratégique entre la Russie et la Chine constitue un modèle de relations interétatiques", s'est félicité Vladimir Poutine, qui a évoqué une coopération approfondie en matière d'innovations numériques, dont l'IA.
Le dirigeant chinois a lui relevé "les perspectives encore plus prometteuses" de la coopération sino-russe "grâce aux efforts conjugués des deux parties".
Selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, les deux hommes, qui s'étaient rencontrés pour la dernière fois en mai, n'ont abordé la guerre en Ukraine que de "façon superficielle", alors que Pékin et Moscou ont renforcé leur coopération ces dernières années.
La session plénière sous l'égide du président kirghiz Sadyr Japarov doit se tenir mardi et une rencontre bilatérale est notamment prévue entre MM. Poutine et Pezeshkian, dans le contexte d'une coopération russo-iranienne croissante.
- "Pas une alliance contre d'autres Etats" -
L'OCS a pris un nouvel élan ces dernières années sous l'impulsion de Pékin et de Moscou, sur fond de rapprochement russo-chinois.
Le groupe compte désormais, outre ses dix membres, quinze partenaires de dialogue, dont la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que deux Etats observateurs, dont l'Afghanistan.
La déclaration fondatrice de l'OCS assure que cette organisation "n'est pas une alliance dirigée contre d'autres États".
Mais les présidents russe et chinois se servent régulièrement de ces sommets pour montrer leur union et mettre en avant leur vision d'un monde multipolaire, visant à contrer l'hégémonie américaine qu'ils dénoncent.
Ce sommet a lieu à un moment où plusieurs États membres de l'OCS sont impliqués dans des guerres ouvertes : l'invasion russe de l'Ukraine, dont le règlement après quatre ans et demi de combats est dans l'impasse, et l'offensive israélo-américaine contre l'Iran déclenchée en février.
D'autres Etats membres sont aussi engagés dans des conflits commerciaux, avec en particulier des droits de douane imposés par les Américains sur les produits chinois et indiens.
Fin août, le gouvernement américain a en outre pris des sanctions secondaires contre les partenaires commerciaux de l'Iran sur l'or, les technologies, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime, censées asphyxier le régime iranien.
- La guerre "pas dans notre intérêt" -
Washington a par ailleurs menacé les alliés de Téhéran. La Chine, un grand importateur de pétrole iranien, a prévenu qu'elle "défendrait fermement" ses intérêts.
Au cours d'un entretien avec le dirigeant indien Narendra Modi, le président iranien Massoud Pezeshkian a estimé que poursuivre la guerre contre les Etats-Unis n'était pas dans l'intérêt de Téhéran, alors qu'un premier échange de frappes entre les Américains et Iraniens s'est produit après un mois d'accalmie.
"Nous sommes convaincus que la poursuite de la guerre n'est ni dans notre intérêt, ni dans celui de la région", a-t-il déclaré, après un échange de tirs au niveau du détroit d'Ormuz.
La Russie est également un important partenaire de l'Iran et a intensifié sa coopération militaire et commerciale avec lui.
Ce pays, qui fait face à des sanctions américaines et internationales depuis la révolution islamique de 1979, affirme régulièrement que les pressions économiques et les menaces ne le feront pas plier.
Les retombées concrètes de la participation à l'OCS sont incertaines car, si l'OCS revendique de regrouper environ 40% de la population mondiale et 25% du PIB de la planète, ce bloc reste hétérogène et des dissensions existent entre ses membres.
La Russie et la Chine sont par exemple des concurrents économiques en Asie centrale, tandis que Pékin entretient des relations parfois tendues avec l'Inde et le Pakistan.
R.Vercruysse--JdB