A Tel-Aviv, la Marche des fiertés retrouve la rue, mais pas encore l'insouciance
Drapeaux arc-en-ciel, chars colorés et Bad Bunny à fond: Tel-Aviv a retrouvé vendredi le défilé de sa marche des fiertés après plusieurs éditions perturbées par le contexte post 7-Octobre.
"J'ai voulu venir l'an dernier, ils l'ont annulée à la dernière minute, et l'année d'avant aussi", rappelle Orion Tree, une employée de crèche qui participe à la marche.
"J'ai 40 ans, je veux participer à une 'pride' depuis que je suis enfant, donc je suis vraiment heureuse d'être là".
La 28e édition de cette manifestation est la première organisée dans sa configuration habituelle depuis l'attaque d'Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023, et les guerres qui ont suivi et se poursuivent pour certaines.
Longtemps présentée comme l'une des plus grandes manifestations LGBT+ de la région, cette marche retrouve cette année ses chars colorés et ses danseurs, mais dans une ambiance plus retenue.
"On essaie de faire la fête, mais il y a beaucoup moins de monde que les années précédentes", glisse une participante qui refuse de donner son nom. "Les gens dans le nord (d'Israël, NDLR) sont toujours sous les bombes, certaines personnes ne peuvent toujours pas retourner dans leurs maisons dans le sud, nous détestons notre gouvernement, nous détestons ce qu'ils font et la direction dans laquelle ils nous emmènent".
Les sirènes d'alertes signalant des attaques aériennes retentissaient encore, moins d'une semaine auparavant, dans la métropole méditerranéenne, régulièrement visée par des tirs iraniens.
"Même si ce n'est pas encore fini et que nous vivons toujours en temps de guerre, c'est une occasion de nous rappeler que l'amour est plus fort que tout", commente Shai Raviv, un autre participant, professeur de sport qui espère la fin des guerres "bientot".
- "Davantage de violence" -
Dans la foule, les slogans festifs côtoient les messages politiques.
Un manifestant porte un T-shirt barré d'un message insultant visant le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et arbore un masque à l'effigie du ministre des Finances Bezalel Smotrich, figure de l'extrême droite religieuse.
Malgré l'image libérale souvent associée à Tel-Aviv, plusieurs participants soulignent que les revendications de la communauté LGBT+ restent nombreuses.
"Je ne pense pas que la communauté LGBT+ ici bénéficie de tout ce que les gens croient que nous avons en Israël, par exemple, nous ne pouvons pas nous marier", note Tal Salin Aïcha, une tatoueuse de 31 ans.
"Nous avons encore beaucoup de combats à mener, beaucoup d’enfants souffrent, le mot +homo+ (en hébreu, NDLR) est une insulte dans notre pays, et ils sont victimes de harcèlement à cause de ce qu'ils sont".
"Avec ce gouvernement et avec la guerre, nous avons vu davantage de violences contre les membres de la communauté LGBT+", abonde Adam, un ingénieur électricien de 28 ans.
Autour d'eux, les chars continuent d'avancer lentement sur le front de mer, des drag queens à queues de sirène ou perruques blondes à leur bord.
Une jeune femme peint des drapeaux arc-en-ciel sur le bras d'une autre participante à la marche. Les gens dansent, chantent, s'embrassent.
Les fêtards s'arrosent à coups de pistolets à eau ou lanceurs de bulles.
Pour quelques heures, ce sont les principales armes visibles dans le coin.
J.M.Gillet--JdB