Les Palestiniens pris en étau entre les colons israéliens et le Hamas, alerte une commission mandatée par l'ONU
La population palestinienne dans les territoires occupés de Cisjordanie et à Gaza se retrouve prise au piège entre les attaques des colons, soutenus par Israël, et le mouvement islamiste du Hamas, a alerté mardi une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU.
"Les civils palestiniens sont systématiquement et délibérément victimes de graves violations du droit international des droits de l'homme (...), pris au piège entre les forces israéliennes et les colons d'un côté, et le régime de terreur du Hamas de l'autre", a averti cette commission dans un rapport sur les violences perpétrées par les acteurs non étatiques dans ces territoires.
"Ce qui présente une similitude inquiétante, c'est le fait d'infliger délibérément des souffrances aux civils palestiniens. Bien que leurs origines et leurs motivations diffèrent, ces deux phénomènes s'inscrivent dans des contextes créés par Israël", a estimé dans un communiqué Srinivasan Muralidhar, président de la commission.
En Cisjordanie occupée, la commission a d'ailleurs souligné la responsabilité de l'Etat d'Israël dans les actions des colons contre la population palestinienne, y compris à Jérusalem-Est.
Liées au conflit israélo-palestinien, les violences sur ce territoire ont explosé en marge de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas sur Israël le 7 octobre 2023.
Le rapport indique qu'au moins sept Palestiniens ont été tués et 832 blessés dans des attaques de colons en 2025, soit une augmentation de 130% de tués et de blessés par rapport à 2024.
Selon un décompte plus global de l'AFP établi à partir de données de l'Autorité palestinienne ce sont au moins 1.080 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, qui ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens depuis octobre 2023.
Certains actes de violence ont été commis "en collaboration avec les autorités militaires israéliennes" dans le but de faire pression sur les Palestiniens pour qu'ils quittent la région, soutient la commission.
Les colons considèrent selon elle que leurs actions "s'inscrivent dans le cadre d'une +guerre sainte+ visant à libérer l'ensemble du territoire d'Israël".
Les actions des colons et de l'Etat israélien obéissent selon la commission aux mêmes objectifs stratégiques: "le maintien de l'occupation illégale, la consolidation des colonies israéliennes illégales, l'annexion de territoires palestiniens et l'expulsion des Palestiniens de leurs terres".
Ces attaques, qui ont parfois touché des enfants, se sont également accompagnées de violences sexuelles, notamment contre les femmes et filles palestiniennes, note le rapport.
"Les agressions quotidiennes et incessantes des colons israéliens contre les Palestiniens sont intolérables – et doivent cesser. Israël doit cesser de soutenir cette violence et veiller à ce que ses forces de sécurité protègent la population civile palestinienne", a averti Srinivasan Muralidhar.
En septembre 2025, cette même commission mandatée par le Conseil de droits de l'homme, mais qui ne s'exprime pas au nom de l'organisation, avait accusé Israël, de commettre un "génocide" à Gaza depuis octobre 2023 avec l'intention de "détruire" les Palestiniens.
- "Mesures punitives du Hamas" -
Dans ce nouveau rapport, la commission a aussi documenté 249 cas d'"exécutions et violences physiques graves" à Gaza en 2024-2025 qui ont fait au moins 108 morts et 384 blessés.
Des forces affiliées au Hamas étaient impliquées dans au moins 60 de ces incidents, dont deux exécutions publiques de 11 hommes, assure-t-elle.
"La Commission est profondément préoccupée par la gravité et le caractère public des mesures punitives prises par le Hamas à Gaza, qui infligent un traumatisme profond à une population civile déjà gravement traumatisée", a déclaré M. Muralidhar.
Le rapport a aussi noté l'augmentation du nombre de morts et de blessés parmi les civils israéliens du fait d'actes commis par des groupes armés et individus palestiniens. Outre les personnes tuées le 7 octobre 2023, "un total de 60 civils israéliens ont été tués entre 2023 et 2025", dont les deux tiers en Cisjordanie occupée, selon la commission.
Ces attaques, estime-t-elle, violent les principes du droit international humanitaire et sont assimilables à "des crimes de guerre". Elle considère également les mesures imposées par Israël en représailles comme de potentiels "crimes contre le droit international humanitaire".
Le Parlement israélien a notamment voté en mai l'instauration d'un tribunal militaire spécial qui pourra condamner à mort certains Palestiniens accusés d'avoir participé à l'attaque du 7 octobre 2023.
La commission n'est pas une instance juridique mais ses investigations peuvent accroître la pression diplomatique et servent à recueillir des preuves que les tribunaux peuvent utiliser. Son rapport sera présenté lors de la 62e session du Conseil des droits de l'homme la semaine prochaine à Genève.
P.Claes--JdB