Un fidèle de Trump sans expérience devient "chef des espions"
Donald Trump a désigné mardi Bill Pulte, un fidèle sans expérience des questions de sécurité nationale, comme directeur par intérim du renseignement américain, une décision vivement critiquée par l'opposition démocrate.
Le droit américain demande que ce poste soit occupé par une personne dotée d'une "connaissance approfondie des questions de sécurité nationale", ce dont le nouveau "chef des espions" est dépourvu.
Il dirigeait jusqu'ici l'Agence fédérale de financement du logement (FHFA), un poste qu'il va conserver et au sein duquel il a participé activement aux poursuites judiciaires engagées contre des adversaires politiques du président américain.
"Trump récompense son larbin (...) en le faisant chef de notre communauté du renseignement. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer?" a réagi sur X la sénatrice démocrate Elizabeth Warren.
Cet homme d'affaires de 38 ans va aussi continuer à gérer l'organisme de refinancement immobilier Fannie Mae/Freddie Mac.
Sa nomination à la suite de la directrice du renseignement démissionnaire Tulsi Gabbard, qui avait été elle-même un choix contesté en raison de prises de position sur la Russie et la Syrie, a été annoncée par le président américain dans un message sur sa plateforme Truth Social.
- "Gars super" -
Donald Trump y souligne que Bill Pulte dispose d'une "profonde expérience dans la gestion de sujets sensibles aux Etats-Unis".
Tulsi Gabbard avait annoncé le mois dernier qu'elle démissionnerait à compter du 30 juin.
Les alliés du président ont salué la personnalité du nouveau directeur du renseignement sans s'attarder sur la question de son manque d'expérience.
Le vice-président, JD Vance, a évoqué sur X "un gars super qui sait que la bureaucratie dans la communauté du renseignement doit répondre aux responsables élus (plutôt que l'inverse)".
Mehmet Oz, responsable de programmes fédéraux de santé et choisi par la Maison Blanche pour mener mardi le traditionnel point presse, a refusé de répondre à plusieurs questions sur les compétences de Bill Pulte à ce poste.
"Bill est un type super", a-t-il seulement lancé.
Le conseiller économique de Donald Trump, Kevin Hassett, a lui dit à des journalistes que le nouveau directeur du renseignement national était "un mec bien", auquel le président "faisait confiance".
- "Représailles" -
Sa nomination a indigné les élus démocrates.
"Plutôt que de choisir un professionnel respecté de la sécurité nationale, capable de fournir des opinions indépendantes, le président a choisi un responsable qui a prouvé non seulement sa volonté mais aussi son empressement à utiliser l'autorité du gouvernement pour mener des représailles politiques", a déclaré le sénateur Mark Warner, principal membre démocrate de la commission sur le renseignement au Sénat.
Parmi les élus visés par Bill Pulte figurent notamment la démocrate Letitia James, procureure générale de l'Etat de New York, et le sénateur californien Adam Schiff.
Il est également impliqué dans la tentative de Donald Trump de révoquer Lisa Cook, une gouverneure de la Réserve fédérale (Fed) accusée de fraude pour un prêt immobilier personnel.
- Inimitiés -
Pour Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, "un type qui peut engager des poursuites politiques, scandaleuses et sans fondement contre des élus qu'il n'aime pas, ne peut pas se voir confier la tâche de protéger notre sécurité nationale".
Le directeur du renseignement national est chargé de mettre en oeuvre la politique de la Maison Blanche auprès des différentes agences de renseignement, comme la CIA ou la NSA, et sert de conseiller auprès du président.
Bill Pulte est nommé directeur par intérim - "acting director" - jusqu'à la désignation formelle d'un nouveau titulaire ou jusqu'à ce qu'il soit lui-même nommé de manière définitive, ce qui exigerait un feu vert du Sénat, pas gagné d'avance. Cet intérim ne peut excéder 210 jours.
Héritier d'une famille ayant fait fortune dans l'immobilier, Bill Pulte s'est attiré des inimitiés jusqu'au sein du cercle proche de Donald Trump.
Le ministre des Finances, Scott Bessent, a menacé en 2025 de le frapper lors d'un dîner dans un club privé, ont ainsi rapporté le Wall Street Journal et Politico.
A.Thys--JdB