Journal De Bruxelles - L'Iran dit viser un porte-avions américain, tractations en coulisses

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L'Iran dit viser un porte-avions américain, tractations en coulisses

L'Iran dit viser un porte-avions américain, tractations en coulisses

L'Iran a déclaré mercredi avoir visé un porte-avions américain malgré des propos de Washington sur un plan de paix, et des efforts de pays tiers pour sortir de la surenchère militaire en faisant passer des messages entre protagonistes.

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Selon un communiqué de la marine iranienne, des tirs de missiles ont contraint le porte-avions Abraham Lincoln, déployé dans le Golfe, "à changer de position".

"Dès que cette flotte hostile entrera dans le rayon d'action de nos systèmes de missiles, elle sera la cible de puissantes frappes", a prévenu le commandant de la marine, l'amiral Shahram Irani. L'armée américaine n'a pas confirmé.

L'annonce, qui accompagne un vif échange de frappes entre Israël et l'Iran dans la région, intervient alors que des initiatives émergent pour sortir d'une guerre que les marchés n'arrivent plus à décrypter, qui inquiète les chancelleries et met le feu au Moyen-Orient.

L'ambassadeur d'Iran au Pakistan a démenti toute discussion avec Washington. "Contrairement à ce qu'affirme Trump - aucune négociation, directe ou indirecte, n'a eu lieu jusqu'à présent entre les deux pays", a déclaré Reza Amiri Moghadam.

Il est "naturel que des pays amis soient toujours engagés dans des consultations avec les deux parties", a-t-il cependant admis.

Mercredi, la presse locale iranienne moquait les "mensonges" du locataire de la Maison Blanche, le quotidien conservateur Javan l'affichant en Une affublé du nez de Pinocchio.

Et qui côté iranien ? Le mystère reste entier, d'autant que la République islamique dément les discussions. "Il y a une interrogation sur celui qui, dans le système iranien, tient réellement les rênes", note Guillaume Lasconjarias, professeur associé à l'université de la Sorbonne.

"Il est plus difficile de savoir qui a l'oreille de la direction depuis que celle-ci a été remplacée", confirme un diplomate en poste dans la région, sous couvert de l'anonymat.

Selon lui, l'objectif actuel est d'obtenir une trêve avant des discussions approfondies pour permettre aux deux parties de "revendiquer une victoire et sauver la face, quel que soit l'accord". Et d'ajouter : "il y a de l'espoir, mais il est trop tôt pour être optimiste".

- "Pré-négociations" -

Selon des médias américains et israéliens, Washington a proposé à l'Iran un plan de paix en 15 points via le Pakistan, en bons termes avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par la télévision israélienne Channel 12, les Etats-Unis préconisent un cessez-le-feu d'un mois pour que Téhéran étudie leurs demandes.

Cinq des 15 points concernent le programme nucléaire iranien, d'autres l'abandon du soutien aux alliés régionaux de l'Iran, comme le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien. Le plan insiste aussi sur la réouverture du détroit d'Ormuz à la navigation.

"On est dans des pré-négociations, on teste ce qui serait acceptable. Le plan américain définit ce que sont leurs objectifs politico-militaires", explique à l'AFP Guillaume Lasconjarias.

"Mais on est en dans une forme de dissociation stratégique. Les buts de guerre d'Israël et des Etats-Unis se sont écartés, ce qui rend la situation compliquée à suivre: qui fait la paix ? Qui continue la guerre ?".

- "Navires non hostiles" -

L'Iran a affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage quasi total par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole et ralentit l'activité aux quatre coins du monde.

Reste que les échanges de messages ne font pas taire les armes, d'autant que la presse américaine évoque l'envoi de soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique iranienne, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv.

Des images de l'AFP ont saisi des traînées de roquettes striant le ciel de la ville côtière de Netanya, tandis que les sirènes d'alerte retentissaient dans une vaste partie du centre du pays.

Des bases militaires américaines au Koweït, en Jordanie et à Bahreïn ont été visées. Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile.

Les pays du Golfe ont appelé l'Iran à cesser immédiatement ses frappes sur leurs territoires et à verser des réparations, lors d'un débat à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

- "Sentiment d'impuissance" à Téhéran -

De son côté, l'armée israélienne a de nouveau annoncé des frappes à Téhéran.

"Il n'y a pas de famine, tout est disponible. Les cafés sont ouverts et nous continuons à sortir", témoigne pour l'AFP Shayan, photographe de 40 ans. "Il y a de l'essence, de l'eau et de l'électricité. Mais nous ressentons tous un sentiment d'impuissance".

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit dans trois raids sur le sud, considéré par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence officielle libanaise Ani.

L'armée israélienne a ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah déjà massivement déserté, d'évacuer en prévision de nouvelles opérations.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue couverte de débris, morceaux de ciment brisés et pièces de métal tordues, après une frappe survenue tôt le matin, tandis que les étages supérieurs d'un immeuble semblaient gravement endommagés.

Depuis que le Liban essuie une nouvelle guerre sur son sol, après des attaques du Hezbollah contre Israël le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de 1.000 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", raconte à l'AFP Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, à Tyr, dans le sud du pays. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

burx-dla/anb

E.Carlier--JdB