France : une Iranienne condamnée à un an ferme, le sort de deux Français en suspens
La justice française a condamné jeudi l'Iranienne Mahdieh Esfandiari à un an de prison ferme assorti d'une interdiction définitive du territoire, notamment pour apologie du terrorisme, une peine contre laquelle elle dit vouloir faire appel.
Mme Esfandiari, sortie libre du tribunal correctionnel de Paris, pourrait servir de possible monnaie d'échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, assignés à l'ambassade de France en Iran après plus de trois ans de détention.
Agée de 39 ans, Mahdieh Esfandiari, née en Iran et arrivée en France en 2018, a été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont un ferme, pour apologie du terrorisme mais aussi provocation directe en ligne à un acte de terrorisme, injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs.
Le tribunal a prononcé l'incription de la jeune femme sur le fichier des personnes condamnées pour terrorisme. Quatre hommes ont aussi été condamnés dans cette affaire.
La justice française l'accusait d'avoir alimenté en publications les comptes de l'organisation Axe de la Résistance en 2023 et 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch et YouTube.
Ces publications ont notamment fait l'apologie de l'attaque sanglante menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive.
Jeudi, l'avocat de la défense a aussitôt annoncé son intention de faire appel de cette décision, s'interrogeant sur les motivations du tribunal.
"On nous parle depuis le départ de ce soit-disant échange qui doit avoir lieu entre nos compatriotes et Mme Esfandiari (...) si le tribunal a rendu une peine aussi sévère sur la base de considérations diplomatiques, le tribunal a commis une faute", a affirmé Me Nabil Boudi à l'issue de l'audience.
"Nous allons interjeter appel (...) en espérant avoir une décision qui sera rendue sur la base d'éléments de droit et de faits", a-t-il ajouté.
- Incertitudes multiples -
Interrogé sur la question de savoir si Mme Esfandiari comptait rester en France ou quitter le territoire le temps de la procédure en appel, ce qui pourrait avoir des conséquences sur l'échange avec les deux Français, l'avocat a répondu: "On verra, moi je n'ai pas la réponse".
L'issue de ce procès était attendue avec fébrilité par les proches de Cécile Kohler et Jacques Paris, dans un contexte de haute tension en Iran, secoué par de récentes contestations réprimées dans le sang et menacé d'une intervention militaire américaine.
"Nous prenons bonne note de cette décision de justice et de l'appel mais je n'ai pas de commentaires à faire sur les conséquences du jugement", a réagi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français Pascal Confavreux lors d'un point presse.
Les autorités iraniennes ont émis le souhait d'échanger, une fois la procédure judiciaire close en France, leur ressortissante contre les deux Français.
Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, avaient été condamnés en octobre dernier respectivement à 20 et 17 ans de prison pour espionnage au profit notamment d'Israël, puis libérés début novembre avec interdiction de quitter le territoire iranien.
"Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays", avait déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la chaîne France 24.
"Le verdict a été prononcé mais comme je vous l'ai dit, sur la base de la loi iranienne (...) les prisonniers, sur la base des intérêts nationaux, peuvent être échangés", a expliqué Abbas Araghchi. "Tout est prêt. Nous attendons que le processus judiciaire s'achève en France".
Outre l'appel de Mme Esfandiari, la grande incertitude qui continue de peser sur la situation en Iran soulèvent des questions sur les modalités pratiques d'un tel échange.
Les Etats-Unis, qui ont multiplié les menaces d'attaque en cas d'échec de la diplomatie sur le programme nucléaire iranien, ont déployé un dispositif militaire massif dans la région du Golfe. Des pourparlers ont repris jeudi à Genève.
W.Lejeune--JdB