De nouvelles sanctions de l'UE contre la Russie bloquées par un veto hongrois
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas a regretté lundi qu'un veto hongrois empêche l'adoption de nouvelles sanctions contre la Russie, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion de l'Ukraine par ses troupes.
"Nous avons entendu des déclarations très fermes de la part de la Hongrie, je ne vois malheureusement pas vraiment comment ils pourraient revenir sur la position qu’ils défendent aujourd'hui", a déclaré Mme Kallas peu avant le début d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE.
"Nous faisons évidemment tout notre possible pour faire avancer ce paquet de sanctions et le faire adopter", a-t-elle ajouté.
La Commission européenne a mis sur la table des ministres un vingtième "paquet" de sanctions contre la Russie depuis son invasion de l'Ukraine le 24 février 2022, en vue d'une adoption avant mardi, date anniversaire de cette invasion.
Mais la Hongrie a annoncé ce week-end son intention de bloquer cette adoption, tant qu'elle n'aura pas obtenu la reprise des livraisons de pétrole russe via un oléoduc actuellement endommagé et qui traverse l'Ukraine.
"La Hongrie y opposera son veto. Tant que l'Ukraine n'aura pas repris le transit de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie via l'oléoduc Droujba", a indiqué dimanche le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó.
- "Stupéfait" -
"Nous devons avancer sur le 20e paquet de sanctions de l'Union européenne et des discussions se tiendront dans les prochains jours", a réagi lundi le président français Emmanuel Macron.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a assuré, ce week-end, qu'il bloquerait également, pour les mêmes raisons, l'adoption d'un prêt de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine, décidé en décembre par les chefs d'Etat et de gouvernement des 27, y compris la Hongrie.
Une attitude condamnée par l'exécutif européen. "Nous attendons de tous les dirigeants qu’ils honorent leurs engagements, et le fait de ne pas les respecter constitue clairement, ou constituerait, une violation d'une coopération loyale", a indiqué la porte-parole de la Commission Paula Pinho.
La Hongrie et la Slovaquie accusent l'Ukraine d'empêcher la réouverture de l'oléoduc Droujba qui, selon Kiev, a été endommagé par des frappes russes. La Slovaquie affirme que cet oléoduc a été réparé mais que Kiev continue à le maintenir fermé pour faire pression sur deux pays hostiles à l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, actuellement en négociation.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est néanmoins dit certain de l'adoption de ce 20ème paquet de sanctions.
"La question n'est pas de savoir s'il sera adopté (...) c'est une certitude, mais quand il le sera. Et de ce point de vue-là, chacun doit tenir ses engagements", a-t-il affirmé devant la presse, à son arrivée à Bruxelles.
"Je suis stupéfait par la position hongroise", a déploré de son côté le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul.
"Si nous ne sommes pas en mesure d'imposer des sanctions à la Russie, alors la Russie sera satisfaite", a également mis en garde son homologue estonien Margus Tsahkna.
L'Union européenne a proposé début février de nouvelles sanctions contre la Russie, ciblant le secteur bancaire et l'énergie, dont une interdiction des services maritimes (maintenance, remorquage, etc.) aux navires transportant du pétrole russe.
H.Dierckx--JdB