Journal De Bruxelles - Accord UE-Mercosur: la colère agricole persiste et essaime dans les ports

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Accord UE-Mercosur: la colère agricole persiste et essaime dans les ports
Accord UE-Mercosur: la colère agricole persiste et essaime dans les ports / Photo: Lou BENOIST - AFP

Accord UE-Mercosur: la colère agricole persiste et essaime dans les ports

Après une semaine d'intense mobilisation, les agriculteurs en colère, notamment contre l'accord européen avec le Mercosur sud-américain, ont entamé lundi une nouvelle semaine de manifestations en ciblant les ports français, "symbole fort" du libre-échange international, et plusieurs autoroutes.

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À l'approche de la signature de ce traité samedi au Paraguay, les actions continuent d'essaimer un peu partout en France: barrage filtrant sur le port du Havre, blocages sur ceux de Bayonne et La Rochelle, ou encore opération près de Lille sur l'autoroute A1, la plus fréquentée du pays selon son concessionnaire.

Au Havre, premier port français en trafic de conteneurs, des filtrages ont été mis en place avec des pneus en flamme, des troncs d'arbres et quelques tracteurs, a constaté un journaliste de l'AFP, sans bloquer l'activité portuaire: depuis ce week-end, les agriculteurs contrôlent les camions frigorifiques et vérifient la provenance des produits.

Ces contrôles, prévus au moins jusqu'à lundi soir, ont permis de découvrir "de la farine étrangère, des soupes avec des légumes thaïlandais, des produits qui n'ont pas les mêmes normes de production" que les nôtres, a déploré Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs 76, qui réclame "que l'importation respecte nos standards de production".

Les partisans de l'accord avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), fruit de plus de 25 ans de négociations, le jugent essentiel pour stimuler les exportations, soutenir l'économie du continent et renforcer les liens diplomatiques dans un contexte d'incertitude mondiale.

- Produits moins chers -

Mais pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés d'Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.

D'où le blocage d'un site céréalier d'exportation lundi jusqu'à la mi-journée sur le port de Bayonne par une centaine d'agriculteurs de la Confédération paysanne, du Modef et du syndicat basque ELB.

Ce site de l'entreprise Maïsica, dédié au stockage, séchage et chargement de maïs et autres céréales pour l'export, est un "symbole fort", avancent les manifestants qui rappellent leur opposition "historique" à ces accords de libre-échange.

À La Rochelle, une soixantaine de manifestants ont établi un barrage de ballots de paille devant des installations pétrolières sur le port industriel, à l'appel de la Coordination rurale, a constaté un photographe de l'AFP.

Et à Carquefou près de Nantes, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs revendiquent le blocage depuis dimanche soir d'une zone industrielle, où ils contrôlent les camions près d'une plateforme frigorifique de la grande distribution.

- "Immense détresse" -

Ce mouvement, débuté il y a un mois en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine, concerne aussi les axes routiers: si le blocage de l'A63 à hauteur de Bayonne a été levé dans la nuit après négociation avec le préfet, des barrages restaient en vigueur lundi sur l'A64 au sud de Toulouse, et surtout sur l'A1 avec un barrage filtrant établi par la Coordination rurale dans le sens Lille-Paris.

"C'est à se demander si l'État français veut encore de ses paysans", déplore Franck Hembert, exploitant maraîcher dans le Pas-de-Calais présent sur l'A1. "Qu'il y ait Mercosur ou pas Mercosur, les paysans sont déjà dans une immense détresse".

"La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes, et nous les entendons au plus haut niveau du gouvernement", a répondu lundi matin sur BFMTV la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, qui a annoncé vendredi des mesures en faveur des céréaliers, des viticulteurs ou encore des éleveurs, sans calmer la mobilisation.

Une grande partie de cette enveloppe de 300 millions d'euros, étalée sur 2026 mais aussi 2027, dépend toutefois de l'adoption du budget 2026.

Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande pour protester contre l'accord avec le Mercosur, qui créerait l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.

La ratification du traité dépend encore d'un vote, qui s'annonce serré, au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.

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A.Martin--JdB