Yémen: le chef des séparatistes a fui aux Emirats, affirment les Saoudiens
Le chef des séparatistes du Yémen a fui à Abou Dhabi avec l'aide des Emirats arabes unis, a affirmé jeudi la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, après l'échec d'une offensive qui a ravivé les tensions entre les deux alliés du Golfe.
Aidarous al-Zoubaidi, longtemps parmi les plus puissants du sud, avait été accusé mercredi de haute trahison et révoqué de ses fonctions au sein de la présidence yéménite après avoir fui vers un lieu alors inconnu, selon la coalition.
Il devait se rendre dans la capitale saoudienne avec une délégation de son mouvement du Conseil de transition du Sud (STC) pour des pourparlers, mais il n'a pas embarqué à bord de l'avion.
La coalition, qui a bombardé son fief, a affirmé jeudi qu'il s'était rendu en bateau d'Aden jusqu'au port de Berbera de la république autoproclamée du Somaliland, qui est géré par une compagnie publique émiratie.
Il a ensuite pris un avion "sous la supervision d'officiers des Emirats" qui s'est arrêté à Mogadiscio en Somalie, puis est reparti vers un aéroport militaire à Abou Dhabi, où il est arrivé mercredi soir, d'après la même source.
Les Emirats arabes unis n'ont pas réagi dans l'immédiat à cette annonce, tandis que la Somalie a dit avoir ouvert une enquête pour déterminer si son espace aérien et ses aéroports avait été utilisés sans son autorisation.
M. Zoubaidi "n'a pas quitté le sud" du Yémen, a dit pour sa part à l'AFP le porte-parole du STC, Anwar al-Tamimi, sans préciser le lieu exact où il se trouverait.
Le mouvement avait affirmé la veille qu'il était resté "auprès de son peuple" à Aden, bastion historique du mouvement qui est aussi le siège provisoire du gouvernement yéménite.
- Offensive éclair -
Les séparatistes se sont emparés en décembre de vastes territoires dans les provinces de Hadramout et de Mahra, provoquant une riposte des autres factions gouvernementales, appuyées par Ryad, qui ont repris début janvier le terrain perdu.
Dans la foulée, le royaume avait appelé à un dialogue entre les différentes factions du sud et donné 48 heures à Aidarous al-Zoubaidi pour se rendre dans la capitale saoudienne.
Regroupées au sein du Conseil présidentiel reconnu par la communauté internationale, qui exerce son autorité sur le sud du Yémen, elles se déchirent entre les séparatistes soutenus par Abou Dhabi et d'autres groupes appuyés par Ryad.
Ces deux puissances du Golfe s'étaient unies en 2015 au début de la guerre civile yéménite contre les rebelles houthis pro-iraniens, qui ont pris le contrôle de la capitale Sanaa en 2014 et du nord du pays.
Mais cette fragile alliance a volé en éclats avec l'offensive éclair des séparatistes, l'Arabie saoudite ayant accusé la semaine dernière les Emirats d'actions "extrêmement dangereuses".
- "Wanted" -
Si le chef des séparatistes n'est pas parti à Ryad, une délégation du mouvement se trouve toujours sur place, le STC dénonçant "la détention arbitraire" de plus de 50 personnes.
Dix-neuf d'entre eux apparaissent autour de l'ambassadeur saoudien pour le Yémen, Mohammed al-Jaber, sur une photo publiée sur son compte X. Le message évoque des "préparatifs de la Conférence pour la cause du Sud qui aura lieu bientôt à Ryad".
Le STC aspire à recréer un Etat dans le sud du Yémen, où une République indépendante était en place entre 1967 et 1990. Son chef a dit la semaine dernière se donner deux ans avant de déclarer l'indépendance.
La photo de M. Zoubaidi, en tenue militaire, était en une du journal saoudien Arab News jeudi, avec la mention "Wanted" (recherché).
Pour Cinzia Bianco, chercheuse invitée au Conseil européen des relations étrangères, les Emirats arabes unis pourraient avoir facilité son départ pour "limiter les dégâts".
Après déjà le retrait de leurs troupes restantes au Yémen, cela vient confirmer "un recul de leur influence" face au poids lourd régional qu'est l'Arabie saoudite, dit-elle à l'AFP.
Sur le terrain, les forces soutenues par l'Arabie saoudite sont arrivées à Aden en vue d'un déploiement, selon une source militaire yéménite interrogée par l'AFP.
Les bâtiments publics, eux, sont gardés par des hommes de l'adjoint de M. Zoubaidi, Abdoulrahman al-Mahrami, qui se trouve actuellement à Ryad et a approuvé la mise à l'écart du chef des séparatistes.
E.Janssens--JdB