Carburants, gaz pour l'hiver: l'exécutif sur tous les fronts
Agir sur les aides mais aussi sur les approvisionnements: le couple exécutif se déploie cette semaine pour tenter de calmer la grogne sociale sur les carburants, dont les prix flambent et entament le pouvoir d'achat, devenu un thème majeur de la campagne présidentielle.
Sébastien Lecornu tient lundi deux réunions avec des ministres : l'une le matin avec les directeurs d'administrations centrales sur les approvisionnements en pétrole et en gaz, perturbés par une guerre au Moyen-Orient qui s'éternise, et l'autre cet après-midi dédiée à "l'accompagnement à court et moyen termes" des Français face à l'envolée des prix à la pompe.
Emmanuel Macron sera lui interviewé jeudi à 20H00 par TF1 et France 2, dans un contexte où le chef de l'Etat multiplie les alertes sur les tensions géopolitiques, qu'il s'agisse de la Russie ou du Moyen-Orient.
Il a déjà réuni vendredi les chefs de parti ou candidats à la présidentielle, dressant un tableau durable de la menace "hybride" russe et de la crise des prix de l'énergie.
Dans cet environnement international très contraint, le gouvernement étudie les modalités de nouvelles aides.
Le prix du gazole évoluait toujours lundi autour de 2,41 euros le litre en moyenne en France, selon une analyse par l'AFP des données publiques. Ceux de l'essence SP98 à 2,28 euros et SP95 à 2,22 euros.
- Ministre avec les pêcheurs -
Devant une station TotalEnergies de La Chapelle d’Armentières (Nord), qui était en rupture de gazole et de sans-plomb, Bruno Bodart, artisan de 57 ans, craint de devoir "mettre la clé sous la porte".
Il assure dépenser 300 euros par semaine pour faire le plein de sa camionnette et aimerait "un geste" du gouvernement.
Les infirmières libérales, qui interviennent au domicile des patients, se déplacent "à perte", ont alerté lundi des représentants de la profession.
Cette flambée des prix alimente une grogne sociale qui s'est déjà manifestée la semaine dernière par des blocages de dépôts pétroliers par des pêcheurs en Méditerranée, que la ministre déléguée à la Mer et à la Pêche Catherine Chabaud est allée rencontrer lundi dans l'Hérault et le Gard.
Plusieurs candidats à l'Elysée ou responsables politiques craignent la résurgence de mouvements du type Gilets jaunes, qui protestaient à l'époque contre l'augmentation d'une taxe sur les carburants, alors que cette fois l'inflation tient à une guerre lointaine, insiste l'exécutif.
Mais sa marge de manœuvre est faible compte tenu de la dégradation des finances publiques, avec un endettement qui s'annonce record l'an prochain et des taux d'intérêt qui grimpent.
Le gouvernement a déjà prolongé jusqu'à la fin de l'année les aides aux secteurs les plus exposés, comme l'agriculture, le BTP et les pêcheurs.
Et il travaille sur un nouveau dispositif pour succéder au 1er octobre à l'aide de 100 euros aux "gros rouleurs", à laquelle seule la moitié des trois millions de Français éligibles ont eu recours, avec la "même philosophie" de rester sur des aides "ciblées" et pas générales.
Le ministre de l'Economie Roland Lescure plaide pour une aide "supplémentaire" à ces grands rouleurs qui serait versée "automatiquement".
- Prix du gaz -
Mais il ne s'agit que d'une des pistes étudiées, alors que l'exécutif insiste sur les problèmes d'approvisionnements à venir, exposant au passage les dépendances de la France toujours très grandes aux énergies fossiles importées.
"Pour les deux mois qui viennent, on n'a pas d'inquiétudes" a expliqué Roland Lescure, du fait de "stocks stratégiques à plein" mais le gouvernement doit "trouver des solutions" car au niveau mondial, "on est en train de puiser dans les stocks".
Il manque aujourd'hui "10 millions de barils par jour" sur le marché mondial, selon Mme Bregeon, dans un monde qui en consomme plus de 105 millions quotidiennement.
L'exécutif pointe notamment des risques pour le jet-fuel (kérosène) utilisé par les compagnies aériennes, ou le gazole, tandis que la question du gaz pourrait se poser à l'approche de l'hiver.
Le Premier ministre "réfléchit à une séquence énergétique sur l'ensemble de l'hiver qui soit soutenable budgétairement" et "s'inscrit dans le temps long", souligne son entourage.
L'approvisionnement en gaz cet hiver est en passe d'être assuré en France, mais les tensions géopolitiques renchérissent les prix.
Le prix de référence du gaz augmentera de 6,3% le 1er octobre après +5,6% en août, une hausse qui se ressentira sur les factures quand les chauffages au gaz auront repris du service.
Emmanuel Macron multiplie pour sa part les contacts diplomatiques pour trouver des routes alternatives aux hydrocarbures, et ces crises sont aussi au menu de l'Assemblée générale de l'ONU cette semaine à New York.
J.F.Rauw--JdB