Iraniens et Américains à la recherche d'un pilote américain dont l'avion s'est écrasé en Iran
Forces iraniennes et américaines cherchent vendredi l'équipage du premier avion de combat américain à s'être écrasé en Iran depuis le début de la guerre, abattu selon Téhéran par sa défense antiaérienne.
Des médias américains ont annoncé qu'un des deux membres de l'équipage avait été secouru.
Après un long silence, la Maison Blanche s'est bornée à dire que Donald Trump avait "été tenu informé" de la perte de l'appareil qui serait un chasseur-bombardier F-15E, selon le New York Times (NYT) notamment.
D'après un porte-parole des forces armées iraniennes, l'appareil a été détruit pas un système de défense antiaérien des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique. "Des recherches supplémentaires sont en cours", a-t-il dit.
Le NYT et le Washington Post disent avoir authentifié des photos et vidéos, circulant sur les réseaux sociaux et dans les médias iraniens, d'hélicoptères et avions américains survolant à basse altitude la zone concernée.
Selon ces médias, les efforts pour retrouver le second membre d'équipage sont en cours.
Plus tôt dans l'après-midi, l'antenne de la télévision d'Etat iranienne dans la région de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad (sud-ouest) a diffusé des images présentées comme celles de l'épave, promettant une "généreuse récompense" à qui livrera les pilotes.
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a moqué les Etats-Unis sur X, leur prêtant la supplication: "quelqu'un peut trouver nos pilotes? S'il vous plaît?"
Citant deux responsables américains, le NYT a ensuite affirmé qu'un autre avion de combat américain s'était écrasé près du détroit d'Ormuz, son seul pilote ayant été secouru sain et sauf.
- "Se planquer" -
Plus d'un mois après le début de l'offensive américano-israélienne le 28 février, il s'agit du premier sérieux revers pour la chasse américaine, signe que la République islamique dispose encore de capacités antiaériennes malgré des semaines d'intenses bombardements.
Selon un pilote de chasse occidental interrogé par l'AFP, la première chose à faire en cas d'éjection en territoire hostile, "est de se planquer et d'essayer de se signaler à ses camarades".
Pour cela, chaque pilote porte un gilet de combat contenant une balise codée radio-GPS afin de transmettre sa position.
Depuis le début de la guerre, aucun soldat américain n'a été tué ou capturé sur le sol iranien, mais 13 militaires sont morts dans plusieurs pays de la région.
L'incident suit une nouvelle journée de rhétorique inflammatoire et de bombardements contre l'Iran, Israël annonçant des "frappes à grande échelle" sur Téhéran.
En parallèle, des missiles iraniens ont visé Israël et des monarchies du Golfe, alliées des Etats-Unis, répondant aux attaques adverses et aux menaces de Donald Trump de ravager les infrastructures.
- Infrastructures civiles touchées -
Aux Emirats arabes unis, un ressortissant égyptien est mort après une attaque contre un complexe gazier de Habshan dans l'émirat d'Abou Dhabi.
L'armée iranienne avait dit au préalable viser des sites américains, israéliens et dans les "pays hôtes et alliés des Etats-Unis".
Elle rétorquait au président américain qui avait menacé de détruire les infrastructures iraniennes, désignant ponts et centrales électriques comme des cibles.
Jeudi, des bombardements américano-israéliens ont notamment détruit un pont en construction près de Téhéran, site où l'AFP a pu se rendre dans le cadre d'une visite organisée par les autorités.
"Nous avons travaillé dur pour assembler ces éléments, nous avons versé des larmes", dit l'ingénieur Roozbeh Yazdi, rencontré sur les lieux où des tiges d'acier et des blocs de béton pendent dans le vide.
M. Trump avait annoncé mercredi "deux à trois" semaines de frappes intenses pour renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre", si Téhéran n'acceptait pas une solution négociée.
La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran, et au Liban, que l'armée israélienne pilonne et a envahi pour combattre le mouvement pro-iranien Hezbollah en réplique à des tirs sur Israël depuis le 2 mars.
Israël assure avoir déjà frappé plus de 3.500 cibles dans le pays voisin et tué un millier de combattants. Vendredi, son armée a visé une nouvelle fois la banlieue sud de Beyrouth.
Trois Casques bleus ont aussi été blessés dans le sud du Liban par une explosion à l'origine encore indéterminée.
- Transports gratuits -
Sur le front économique, la guerre nourrit toujours de fortes inquiétudes, la quasi-fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz ayant fait s'envoler les cours du pétrole, des engrais et d'autres marchandises, au risque d'une spirale inflationniste mondiale.
Les présidents russe et turc ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, invoquant notamment la crise énergétique.
Néanmoins, un premier porte-conteneur européen, appartenant au groupe français CMA CGM, a passé le détroit jeudi, en affichant via son signal de navigation avoir un "propriétaire français".
Trois navires, dont un méthanier japonais, l'avaient traversé jeudi en longeant la côte omanaise, selon des données de trafic maritime consultées vendredi.
Les pays du Golfe ont appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à donner son feu vert à une libération par la force du détroit, mais le vote a été reporté faute de consensus.
Donald Trump, qui multiplie les propos contradictoires sur le détroit, a affirmé vendredi qu'avec "un peu plus de temps" les Etats-Unis pouvaient l'"ouvrir" et "prendre le pétrole".
Mais l'impact économique de la guerre continue de se propager.
Le Bangladesh a réduit les horaires d'ouverture de bureaux et commerces pour économiser de l'énergie.
A Islamabad, au Pakistan, la gratuité des transports en commun a été décrétée pour un mois, face à l'augmentation des prix des carburants.
Et en Australie, des centaines de stations-service sont à sec dans les zones rurales en ce début de week-end de Pâques.
burx-alf/cab
O.M.Jacobs--JdB